Le PT-141 et désir sexuel                      Mesurez votre audience

collaboration Anne Fleischman
La Presse, Montréal, Mercredi 6 Mars 2002

Viagra ou PT-141 ?   

    Un nouveau médicament destiné à régler les « pannes » de désir sexuel fait actuellement l'objet de tests au département de psychologie de l'Université Concordia de Montréal. Un nouveau Viagra ? Pas tout à fait. Le PT-141, développé par Palatin Technology (entreprise américaine), agit directement sur les hormones qui déclenchent le désir sexuel dans le cerveau.

    Le sexe, c'est aussi dans la tête que ça se passe. James Pfaus, chercheur à Concordia et spécialiste de la sexualité chez les rats, ne dira pas le contraire :
    « Même si le cerveau est le siège du désir sexuel pour tous les humains, on sait que hommes et femmes ont une sexualité très différente. Chez les premiers, les dysfonctions sexuelles sont surtout associées à des problèmes purement mécaniques, allors que chez les femmes, les problèmes sont souvent directement associés au désir, donc au cerveau. », dit-il.
    D'où le fort potentiel offert par un produit qui agit directement sur le système nerveux, et non sur le système vasculaire comme le Viagra.

    Le PT-141, qui se présente sous la forme d'un inhalateur nasal, a jusqu'ici été testé sur une centaine d'hommes et il produit le résultat escompté : une érection dans les minutes qui suivent l'inhalation.
    Mais c'est du côté du désir sexuel féminin que se concentrent les recherches de James Pfaus. Son équipe a démontré que les rates à qui on a injecté du PT-141 sollicitent les mâles jusqu'à cinq fois plus que les autres. Mieux, le PT-141 n'aurait aucun effet secondaire sur leur comportement.

    Mais attention : le PT-141 attise le désir sexuel, mais ne le provoque pas. Comme le souligne M. Pfaus : « d'ici quelques années, quand le produit sera commercialisé, il n'y aura risque pour qu'on oblige une femme à avoir des relations sexuelles en lui faisant inhaler du PT-141 contre sa volonté. » Le désir sexuel, s'il se contrôle, ne se commande pas.

Des souris et des femmes

    Les recherches de James Pfaus ont également permis de démontrer que le PT-141 n'a aucun impact sur le plaisir sexuel, preuve que désir et plaisir sont deux notions distinctes, chez le rat... comme chez l'homme. Paradoxalement, les rats de laboratoire nous en apprennent beaucoup sur la nature humaine et sur sa relation à la sexualité : « En observant les animaux, on met de côté les influences culturelles qui font du sexe une question toujours délicate chez l'humain. On peut donc se concentrer sur les comportements naturels », explique le chercheur.

    Chez la rate, par exemple, l'acte sexuel est intimement associé à la notion de contrôle de la relation. « les mâles doivent attendre que les femelles soient en chaleur et qu'elles acceptent le contact. Sans la sollicitation de la femelle, il ne se paase rien. En fait, l'image du mâle dominant et de la femelle passive est fausse chez la plupart des mammifères. Chez la femme, la situation est similaire : en général, la femme veut avoir l'initiative et garder le contrôle sur la relation sexuelle, faute de quoi elle risque de vivre un blocage », conclut le chercheur.