Poisson et articulations        Mesurez votre audience

collaboration Jacinthe Côté, diététiste OPDQ
La Presse, Montréal, Dimanche 11 Août 2002

Bienfaits des poissons gras 

La consommation de poissons gras et de mammifères marins (phoques et baleines) est bénéfique pour notre santé si, bien sûr, ces produits sont exempts de contaminants de métaux lourds.  

    Les bienfaits reconnus par la communauté scientifique sont surtout attribuables à la qualité des huiles que renferment ces aliments. Les huiles de poisson et de mammifères marins contiennent un pourcentage très élevé d'acides gras à longues chaînes nommés acides eicosapentaénoïque et docosahexaénoïque.
   
Malgré leur nom difficile à prononcer, les acides gras à longues chaînes sont impliqués dans le développement du cerveau et de la rétine. D'où les encouragements aux femmes enceintes et allaitantes, pour qu'elles mangent du poisson plus régulièrement.
    Les effets positifs de la consommation de ces acides gras ne s'arrêtent pas là ! Ils se font ressentir au niveau du coeur et des vaisseaux sanguins. C'est grâce à son important apport en acides eicosapentaénoïque et docosahexaénoïque que la diète méditerranéenne est si attrayante pour la santé.
    Les preuves fournies par plusieurs études cliniques et biochimiques tendent, également, à démontrer que la consommation d'acides eicosapentaénoïque et docosahexaénoïque influencerait le fonctionnement du système de défense immunitaire. Raison de plus de manger du poisson !

L'alimentation et l'immunité
   
Bien qu'elles soient une formidable source d'énergie, les matières grasses forment aussi une partie intégrante des surfaces de nos cellules, les membranes cellulaires, où elles servent principalement à délimiter et retenir le contenu des cellules. Mais elles constituent aussi une réserve de différents types d'acides gras pouvant être utilisés à n'importe quel moment pour synthétiser entre autres, des composantes actives du système de défense immunitaire.
    C'est entre autres le cas de l'acide arachidonique. Cet acide gras provient de la digestion des gras polyinsaturés de type oméga-6 que nous mangeons à travers les huiles végétales extraites des graines de tournesol, de carthame, de maïs et de soya. L'acide arachidonique. est un précurseur d'eicosanoïdes. Les eicosanoïdes forment une famille de composés impliqués dans le fonctionnement du système immunitaire et incluent la prostaglandine, la thromboxane et la leukotriène. Quand des agents infectieux envahissent notre organisme, l'acide arachidonique. stocké dans nos membranes cellulaires sera libéré et transformé en eicosanoïdes. Ce sont les eicosanoïdes, en brandissant leurs armes (radicaux libres, histamine, oxyde de nitrite) qui causent l'inflammation, la fièvre, la rougeur, l'œdème, etc.
    Voilà donc une des façons dont notre alimentation influence le fonctionnement de notre système immunitaire.

Les maladies auto-immunes
   
Malheureusement, il arrive parfois que trop d'eicosanoïdes soient en circulation dans notre organisme et cela peut nuire à notre santé.
    Les gens dont le système immunitaire est dysfonctionnel et reconnaît ses propres anticorps comme étant intrus, par exemple, peuvent subir des dommages irréversibles à certains tissus ou organes vitaux. C'est ce qu'on appelle une maladie auto-immune et cet état est caractérisé par une inflammation chronique. Des bons exemples de maladies auto-immunes sont le diabète de type I, la sclérose en plaques, le psoriasis et l'arthrite rhumatoïde.
    Une prédisposition génétique semblerait responsable des maladies auto-immunes, mais plusieurs facteurs, dont l'alimentation, influenceraient leur évolution.

Du poisson pour calmer l'arthrite rhumatoïde ?
   
Une personne sur 100 souffre d'arthrite rhumatoïde ; les femmes plus que les hommes en sont atteintes. Cette maladie auto-immune est caractérisée par une accumulation de différentes classes d'eicosanoïdes au niveau des jointures (poignet, doigts, hanche, etc.), causant une destruction progressive du cartilage et des os.
    De nombreuses études tendent à démontrer qu'un déséquilibre dans l'alimentation, trop de gras polyinsaturés de type oméga-6 par rapport aux gras polyinsaturés de type oméga-3, influencerait négativement l'évolution de la maladie. En consommant plus de gras polyinsaturés (surtout présents dans les huiles végétales extraites des graines de tournesol, de carthame, de maïs et de soya), le stockage d'acide arachidonique dans les membranes cellulaires serait favorisé. Et cela constituerait une trop grosse réserve pour synthétiser des eicosanoïdes prêts à attaquer à tous moments.
    Plusieurs études cliniques et biochimiques ont démontré que la prise quotidienne de suppléments d'huile de poisson (en moyenne 3,3 g d'un mélange d'acides eicosapentaénoïque et docosahexaénoïque) aiderait à réduire certains symptômes de l'arthrite rhumatoïde. Ces acides gras entrent en compétition avec l'acide arachidonique pour une place sur les membranes cellulaires. Cela réduirait considérablement la production d'eicosanoïdes et l'inflammation, qui sont responsables des douleurs. Par le fait même, cela permettrait de réduire l'usage de médicaments anti-inflammatoires dont les effets secondaires sont extrêmement néfastes. Les médicaments sans corticostéroïdes peuvent causer des ulcères d'estomac et du duodénum, des brûlements d'estomac, de la nausée, de la diarrhée et ceux à base de corticostéroïdes entraînent à court terme la prise de poids, mais à long terme, l'ostéoporose, l'hyperglycémie et l'hypertension. Le seul problème avec les suppléments d'huile de poisson, c'est que la dose optimale n'a pas encore été déterminée.

Aliments ou suppléments
   
On soupçonne que les quantités doivent être plus élevées que ce que l'on retrouve dans notre alimentation actuelle, mais combien ? Et prendre de si grandes doses de suppléments d'huiles, n'est pas sans effets secondaires (la diarrhée et les reflux gastriques).
    En attendant que les chercheurs développent une super capsule pour emballer l'huile et empêcher ses effets secondaires désagréables, une plus grande consommation de poisson ne saurait faire de tort. Jumelée à une diminution de la consommation de gras polyinsaturés de type oméga-6 (huile de tournesol, de carthame, de maïs et de soya) cela devrait être encore mieux. Une portion d'environ 60 à 90 grammes de poisson gras (saumon, morue, thon, maquereau) peut fournir jusqu'à 2 à 3 grammes d'acides gras à longues chaînes de type oméga-3. Bon appétit !