l'Odeur du Sexe                      Mesurez votre audience

collaboration Rodolphe de Melo
et collaboration spéciale AFP, Juillet 2002

Odeur de l'amour

Quelqu'un vous attire beaucoup et vous pensez que sa voix, son regard ou son apparence sont responsables de son charme. Mais, si c'était à cause de son odeur ?

Dr Alan Hirsch

Nos relations amoureuses seraient-elles influencées par les odeurs, comme dans le règne animal ? Le Dr Alan Hirsch, auteur du livre Scentsationa Sex et neurologue au Smell and Taste Treatment and Research Fundation dit : " Déjà Freud suggérait que les odeurs sont de puissants déclencheurs d'attirance physique et que toutes les sociétés civilisées se devaient de les éliminer, sinon nous serions continuellement excités sexuellement. "

Dans le but de découvrir les odeurs les plus sexuellement excitantes, le Dr Hirsch a fait sentir 30 odeurs différentes à un groupe d'hommes et de femmes. Puis il calculé le flot sanguin dans leurs organes génitaux.

Chez l'homme, l'expérience a révélé que c'est l'odeur d'un mélange de lavande et de tarte à la citrouille qui l'excite le plus, entraînant une augmentation de 40 % du volume sanguin vers ses organes sexuels. Vient ensuite un mélange de réglisse noire et de beignet (32 %).

Chez la femme, un mélange de réglisse et de concombre ou l'odeur de poudre pour bébé ont provoqué chacun une augmentation de 13 % du volume sanguin vers les organes sexuels. Les odeurs de réglisse et le gâteau à la banane sont arrivés ensuite (12 %).

Le coeur de l'homme passerait-il par son estomac, comme le veut la croyance, les odeurs de nourriture ayant été les plus excitantes ?

Selon le Dr Hirsch, il y a trois hypothèses possibles :

" D'abord, il peut s'agir d'un réflexe conditionné, c'est-à-dire que les sujets de l'étude ont associé les odeurs à des partenaires sexuels ou à des souvenirs agréables.

Une autre explication serait que les bulbes olfactifs qui détectent les odeurs sont reliés à la région du cerveau qui contrôle les émotions et le comportement sexuel.

Finalement, selon une hypothèse évolutive, les hommes préhistoriques se réunissaient pour manger après la chasse et profitaient sûrement de l'occasion pour procréer. Ainsi, ceux qui réagissent sexuellement aux odeurs de nourriture amélioraient leur chances d'avoir une descendance. "

Si tous les hommes ont réagi positivement à toutes les odeurs du test, cela n'a pas été le cas des femmes. L'odeur de la cerise a réduit le flot sanguin vaginal de 18 %, celle de la viande cuite au barbecue de 14 % et celle de l'eau de Cologne, de 1 %.

Pensez-y deux fois avant d'amener votre douce moitié manger un steak sur le grill et un dessert à la cerise pour la Saint-Valentin... Et laissez aussi tomber l'eau de Cologne.

Pas de sexe sans odorat

Le Dr Hirsch a commencé ses recherches sur les odeurs après avoir découvert que plus de 18 % de ses patients qui souffraient d'une perte d'odorat avaient aussi développé des dysfonctions sexuelles.

Il existe un lien entre l'odorat et l'appétit sexuel. Une maladie congénitale, le syndrome de Kallmann, en est un bon indice. Les personnes qui en sont atteintes souffrent d'une déficience des bulbes olfactifs et de l'hypothalamus (siège des émotions et des comportements sexuels). Cela se traduit par l'absence de l'odorat, le développement insuffisant des organes sexuels et, par conséquent, l'absence d'intérêt sexuel.

Tous ne perdent pas l'odorat à cause de ce syndrome. La perte de l'odorat peut être due à une infection, un traumatisme crânien, à l'abus de tabac, à une exposition à des produits toxiques et, quel que soit les cas, elle suivra une diminution de la libido à divers degrés.

Autre exemple de ce lien, des recherches ont montré que les femmes ménopausées à qui on n'a pas prescrit d'œstrogènes ont une acuité olfactive réduite. Inversement, la sensibilité de l'odorat de la femme est décuplée au moment de l'ovulation, au moment où elles sont sexuellement plus réceptives et sensibles à l'odeur de l'homme.

Tout cela tend à prouver que la production hormonale affecte les facultés olfactives de l'humain, de la même façon que les odeurs influencent notre production d'hormones.


Phéromones : des aphrodisiaques

Au début des années 1970, des chercheurs américains ont constaté que lorsque des jeunes filles cohabitent en dortoir, leur cycle menstruel tend à se synchroniser. Ce fait a également été confirmé par Martha McClintock dans la revue Nature Genetics (mars 1998).

Les chercheurs ont aussi remarqué que ces mêmes filles ont des cycles normaux de 28 jours lorsqu'elles sont en contact avec des hommes plus de trois fois par semaine. Au contraire, celles qui fréquentent moins les garçons ont des cycles plus longs. On parlait déjà dans la littérature médicale de la fin du 19e siècle du " syndrome du pensionnat français ". On s'était rendu compte que les filles qui vivaient en pension, et isolées de toute présence masculine, avaient une puberté plus tardive que celles qui vivaient avec des hommes, et ce même si elles n'avaient aucun contact physique avec eux.

Ces " forces " mystérieuses qui influencent toutes ces femmes sont tout simplement les phéromones.

Les phéromones sont des substances dégagées par les glandes apocrines situées à la base des poils sous les aisselles et autour des organes génitaux et des mamelons chez les deux sexes. Ces glandes ont pour mission de transmettre un message chimique d'un individu à un autre. Tous les animaux produisent des phéromones pour communiquer et se reproduire. Toutefois, ce n'est que récemment qu'on a découvert que l'homme était aussi influencé par ces messages olfactifs.

L"évolution aurait atrophié notre sens de l'odorat au profit de celui de la vue, mais notre nez et nos odeurs jouent encore un rôle non négligeable dans nos comportements. On connaît encore très mal le fonctionnement des phéromones et la communauté scientifique est divisée à ce sujet. Cependant, on sait qu'elles auraient probablement la même fonction que chez d'autres mammifères.

Les phéromones mâles agiraient comme aphrodisiaques, régulateurs du cycle menstruel et déclencheurs de la puberté chez la femme.

Quant aux phéromones femelles, elles agiraient aussi comme aphrodisiaques et, en plus, elles signaleraient à l'homme que la femme est sexuellement mûre. Cela expliquerait pourquoi Napoléon aimait tellement l'odeur de Joséphine qu'il lui demandait de ne pas se laver avant son retour !

Peut-on sentir les phéromones ? Eh bien ! non, puisqu'ils sont inodores. En fait, ce n'est pas exactement avec le nez que nous les sentons, mais avec un organe appelé " voméronasal " logé dans le nez. Cet organe est minuscule chez l'humain, comparativement à chez les autres mammifères. Il n'est pas relié aux bulbes olfactifs du cerveau, mais plutôt à l'hypothalamus qui joue un rôle important sur le plan des émotions et des comportements sexuels. Bien que déjà repéré par les anatomistes du 18è siècle, ce n'est qu'en 1991 qu'on a confirmé que ce " vestige atrophié de l'évolution " fonctionnait toujours.

 


Odeur des gènes

La femme aurait un meilleur " pif " que l'homme.

" Pour une question de survie, l'évolution a donné aux femmes des facultés olfactives plus développées, car la femme est plus importante que l'homme pour la survie de l'espèce. ", indique le Dr Allan Hirsch.

Par ailleurs, ce flair développé aiderait aussi la femme à choisir le meilleur géniteur capable d'assurer une bonne descendance ! Dans la nature, chez de nombreuses espèces animales, la femelle choisit le mâle le plus fort et le plus beau. Cependant, lorsque plusieurs candidats virils s'offrent à elle, son choix est déterminé par l'odeur qu'ils dégagent. L'odeur renseignerait effectivement la femelle sur le bagage génétique du mâle, ce qui lui permet de savoir s'il est assez éloigné de son propre profil et d'assurer ainsi une meilleure progéniture.

En 1994, l'ethnologue suisse Claus Wedekind a tenté une expérience pour prouver que la femme, tout comme la femelle chez les animaux, choisit son partenaire grâce à l'odeur. Il a testé les performances nasales de 49 étudiantes de l'Université de Berne. Chacune devait classer, par ordre de préférence, l'odeur de six t-shirts d'aspect identique, mais préalablement portés par six jeunes hommes différents. Ceux-ci avaient tous subi un test de sang pour établir leur profil héréditaire. La plupart des étudiantes ont finalement préféré les t-shirts des hommes dont l'identité génétique s'éloignait le plus de la leur. Seules celles qui prenaient la pilule ont choisi ceux qui s'apparentaient le plus à leur profil génétique.

Selon Wedekind, cette " déviance " chez ces dernières s'expliquerait par le fait que ces étudiantes comportaient comme si elles étaient enceintes (la pilule induit un équilibre hormonal qui simule un état de grossesse). Ainsi, comme chez de nombreux mammifères, les femelles qui attentent leur petit se rapprochent des mâles de leur famille pour se mettre sous leur protection.

Une autre expérience faite avec des t-shirts et effectuée par la neurobiologiste Martha McClintock (Nature Genetics, février 2002) montre que les femmes préfèrent l'odeur masculine qui ressemble le plus à celle de leur père.

Cette expérience a été réalisée avec l'aide de femmes célibataires appartenant à une communauté religieuse qui étaient toutes descendantes d'un petit groupe d'immigrants arrivés au 16è siècle. Par conséquent, leur profil génétique variait peu. Elle confirma que les femmes préfèrent les odeurs des hommes qui s'éloignent de leurs profils génétiques, mais aussi qui ressemblent un peu par leur patrimoine génétique aux gènes qu'elles ont hérité de leurs pères. Comme quoi, le complexe d'Oedipe s'applique aussi à la génétique.

 


Filtre d'amour ?

Des produits à nom évocateur (The Scent, Realm, Animal Instinct) sont vendus sur Internet et promettent à leurs utilisateurs que les membres du sexe opposé se jetteront dans leurs bras. Ces parfums contiendraient une phéromone humaine de synthèse, l'androsténol, qui aurait certains effets sur la femme.

Pour concevoir leurs produits, ces entreprises se sont entre autres inspirées d'une études réalisée en 1978 par le professeur Kirk-Smith de l'Université de Birmingham. Ce professeur avait fait défiler 840 femmes dans une salle contenant quelques chaises. Il leur a ensuite demandé d'en choisir une. Résultat : 80 % d'entre elles ont choisi la même chaise, celle enduite d'une molécule extraite de la sueur masculine, l'androsténol.

Plus récemment, une étude menée à l'Université de San Francisco visait à prouver que des phéromones de synthèse mêlées à un parfum décuplaient le pouvoir d'attirance sexuelle de la femme sur l'homme. La recherche menée sur 36 femmes célibataires a permis de constater que 74 % de celles qui portaient leur parfum habituel mêlé aux phéromones avaient noté une augmentation de leur activité sexuelle, contre 23 % de celles portant leur parfum auquel avait été mêlé un placebo.

L'une des participantes à l'étude a précisé qu'elle avait habituellement des rapports sexuels moins d'une fois par semaine, une fréquence qui était montée à quatre fois par semaine quand elle portait le parfum contenant la substance de synthèse.

La phéromone envoie " un signe biologique à l'homme, qui suggère que cette femme peut se reproduire, et il répond par un comportement visant à s'assurer d'une relation intime avec elle ", a expliqué l'auteur de la recherche, Norma McCoy, professeur de psychologie à l'Université de San Francisco. " L'odeur n'est pas décelable, l'homme ou la femme n'en sont pas conscients, mais c'est très puissant. Cette substance chimique paraît influencer le désir masculin d'avoir un rapport sexuel ", a ajouté l'auteur.

La phéromone était jusqu'à présent connue comme une substance chimique excrétée par l'animal et capable d'entraîner une réponse spécifique de la part de ses congénères qui la perçoivent. L'étude, menée pendant 14 semaines en 2000, a porté sur des femmes de 19 à 48 ans, hétérosexuelles, célibataires ne cohabitant pas avec un homme, ne prenant pas de contraception orale et en bonne santé.

Reste maintenant à prouver si les produits vendus sur le Net contiennent réellement de l'androsténol et si leur concentration permettrait vraiment d'avoir un effet sur la femme. Le docteur Hirsch doute de l'efficacité de ces parfums : " Nous avions demandé à une de ces entreprises de faire tester ses produits et elle a refusé. Tirez vos propres conclusions ! "

Mais à quoi bon dépenser pour un produit que nous sécrétons naturellement ? Il ne suffit que de transpirer un peu et de lever les bras près de ces dames...

Phéromones maternelles

Une femme qui allaite émet apparemment une odeur qui attise le désir sexuel... d'autres femmes. Les chercheuses de l'Université de Chicago qui ont fait cette découverte n'ont aucune idée de ce qui provoque cet effet. Mais cela s'ajoute aux faits, déjà nombreux,  qui appuient l'hypothèse des phéromones humaines : des odeurs, ou du moins des composés chimiques émis par notre corps, qui influenceraient d'autres personnes, inconsciemment. Il n'y a pas si longtemps, on était convaincu que seuls certains animaux émettaient des phéromones, lesquelles, soit dit en passant, n'ont pas toujours une fonction sexuelle.