Les Caresses et la Douleur                 Mesurez votre audience

collaboration Sébastien Rodrigue
La Presse, Montréal, Lundi 29 Juillet 2002

Le cerveau qui distingue les caresses

Des chercheurs suédois et montréalais ont trouvé une réponse à une question complexe : Comment le cerveau fait-il la différence entre un simple toucher et une caresse ?

    La réponse est venue par accident, alors que des chercheurs enregistraient des signaux nerveux chez des patients. Ils ont découvert les nerfs responsables du bien-être ressenti après une étreinte passionnée entre deux amoureux. « La découverte renforce l'importance de la peau comme organe émotionnel » a expliqué en entrevue téléphonique Hakan Olausson, de l'hôpital universitaire Sahlgrenska, à Göteborg, en Suède.
    Le mensuel Nature Neuroscience publie en septembre 2001 les résultats de cette recherche effectuée en partie à Montréal. Hakan Olausson, Yves Lamarre, de l'Université de Montréal, et Catherine Bushnell, De l'Université McGill, ont collaboré à ces travaux
    Pour établir leur démonstration, Olausson et ses collègues ont toutefois rencontré quelques difficultés. L'étude des caresses et des contacts s'avère difficile parce qu'il s'agit d'un sens qui active de nombreuses sortes de nerfs différents.
    Le groupe de chercheurs a pu surmonter  cette difficulté grâce à la collaboration d'une femme montréalaise qui a totalement perdu le sens du toucher sur la plus grande partie du corps, sauf pour un sous-groupe de nerfs spécialisés qui transmet des signaux lents au cerveau.
    La preuve a donc été faite que ce sous-groupe de nerfs est à l'origine des émotions causées par les caresses.
    Les humains possèdent en fait deux types de fibres nerveuses, une catégorie dite rapide pour transmettre le toucher et une catégorie plus lente pour transmettre la douleur. « Les signaux des fibres lentes répondent particulièrement bien aux caresses lentes de la peau, ils ne répondent pas au toucher rapide », précise Olausson. En bref, plus l'on prend sons temps, meilleures sont les émotions envoyées au cerveau.
    Curieusement, le sous-groupe de fibres nerveuses découvertes par les chercheurs se trouve dans la même catégorie que celles envoyant des signaux de douleur au cerveau. « Elles sont peut-être impliquées dans le développement de la douleur chronique. Nous pensons que si nous stimulons ces fibres, peut-être la douleur pourrait être réduite », a renchéri M. Olausson. Alors, les caresses diminuent-elles la douleur ? « Peut-être », a répondu le scientifique.