Les Déformations de l'Arthrose     Mesurez votre audience

collaboration Danielle Perreault, M.D.
La Presse, Montréal, Dimanche 15 Septembre 2002

« Depuis plus de deux ans, mes deux index subissent les ravages de l'arthrose. Je prends le Naprosyn afin d'éliminer l'inflammation et éviter que les articulations ne se déforment. Je cherche une solution permanente. Que faire ? »

    Pour éviter la destruction et la déformation éventuelle des articulations, en polyarthrite rhumatoïde, on prescrit le plus tôt possible au début de la maladie des médicaments que l'on réservait auparavant aux cas avancés.
    Mais en arthrose, le cartilage servant de tampon entre les os nous abandonne. La friction répétée d'un os sur l'autre mène à la formation anarchique de dépôts osseux. Aux doigts, on les remarque à la dernière articulation (nodule d'Heberden) ou à l'articulation du milieu (nodule de Bouchard).
    Pour éviter ces déformations, il faudrait non seulement arrêter la dégradation du cartilage mais avoir un outil efficace pour en évaluer l'état.

Des recherches actives 
   
Il n'existe aucun test simple et efficace pour connaître l'état de nos cartilages, ni pour mesurer l'impact réel que pourraient avoir des médicaments sur leur conservation ou leur régénération. On ne peut insérer une caméra dans le genou d'un patient ou utiliser la résonance magnétique qui coûte 800 $ à chaque utilisation. Il faudrait un outil semblable à l'ostéodensitométrie qui permet d'évaluer l'ostéoporose. On n'en est pas encore là. Le Dr Jean-Pierre Raynauld, rhumatologue, participe à un projet sur la question avec ses collègues de l'Unité de recherche sur l'orthose, attaché à l'hôpital Notre-Dame de Montréal. Le défi est complexe et il faudra patienter encore quelques années avant de voir apparaître un tel outil diagnostic.

    Pour le moment, les médicaments suggérés pour l'arthrose ne servent qu'à contrôler la douleur et nous rendre plus fonctionnels. Point. Aucun ne peut avoir la prétention d'empêcher les articulations de se déformer.    
    Vous prenez du Naprosyn (de la famille des AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens). C'est un choix parmi plusieurs autres.. Ces médicaments agissent sur certaines cellules irritantes présentes quand il y a de l'inflammation. Mais la douleur provient souvent du simple fait que les os frottent l'un sur l'autre, sans ce tampon précieux entre les deux qu'est le cartilage. Il n'y a pas toujours présence d'inflammation. C'est pourquoi vous pouvez vous en tenir au Tylenol (acétaminophène) et utiliser les AINS ( ou anti-CoX 2) seulement quand vous sentez que le feu est pris. Une semaine ou deux d'anti-inflammatoires suffisent souvent. C'est l'approche que recommande le plus souvent le Dr Raynauld.

Les inhibiteurs
   
Vous retrouvez plusieurs AINS avec ou sans ordonnance.
    Depuis quelques années une nouvelle famille de médicaments est apparue sur le marché : les anti-COX 2 dont font partie le Celebrex et le Vioxx. Ils ne sont pas nécessairement plus efficaces que les AINS. Leur qualité tient au fait qu'ils peuvent être prescrits aux personnes plus susceptibles de développer des ulcères d'estomac (sans en éliminer complètement le risque).
     L'action des anti-COX 2 se limite aux zones inflammatoires contrairement aux AINS qui peuvent altérer la qualité de la couche protectrice tapissant l'estomac.
    Ainsi les AINS entraînent des complications d'ulcères et de saignement chez 2 % à 4 % des patients qui en consomment régulièrement pendant un an.
    L'arrivée des anti-COX 2 sur le marché a permis de réduire de plus de la moitié ces complications qui, par ailleurs, se produisent surtout chez le patient à risque : celui qui est âgé de plus de 65 ans, qui a un passé d'ulcères et qui doit prendre les doses maximales d'AINS.
    Si on est atteint de maladie chronique grave et qu'on prend des corticoïdes (cortisone), cela augmente aussi le risque de problèmes d'estomac.
    Le Tylenol ne cause aucun de ces problèmes.

La glucosamine ?
   
Des études d'un médecin belge présentées l'année dernière dans la revue médicale Lancet démontraient un certain contrôle de la douleur du patient arthrosé avec 500 mg de glucosamine trois fois par jour. Mais la régénérescence du cartilage n'est pas encore démontrée.


    Pour autres renseignements : 
Société d'arthrite du Canada, site Internet : www.arthritis.ca  (version française dans le site)