Arthrite ou Arthrose           Mesurez votre audience

collaboration Dr Danielle Perreault, MD.
La Presse, Montréal, Dimanche 1er Septembre 2002

La Polyarthrite rhumatoïde n'est pas l'Arthrose

Plusieurs confondent deux pathologies : l'arthrose et l'arthrite rhumatoïde. 

Les deux maladies

    La polyarthrite rhumatoïde est une maladie particulièrement invalidante dont on connaît pas l'origine exacte.
    On observe néanmoins que des cellules très irritantes, que nous fabriquons nous-mêmes, s'acharnent sur la mince couche qui recouvre la surface des jointures, la membrane synoviale.
    À la longue, le cartilage et l'os formant l'articulation en subissent les conséquences et des déformations importantes des jointures sont à prévoir si on ne contrôle pas la maladie avec les médicaments appropriés.
    Il s'agit d'une maladie auto-immune puisque ce sont nos propres cellules de défense qui nous font du tort. Elles peuvent s'attaquer à d'autres parties du corps comme les les yeux (kératoconjonctive), les poumons, le coeur (péricardite), les nerf, et le sang (anémie).

    Contrairement à la polyarthrite, l'arthrose est une maladie plutôt mécanique. Le cartilage, qui sert de tampon entre les articulations, se met à s'effilocher et en vient à disparaître sans qu'on sache exactement pourquoi.
    La disparition du cartilage fait entrer les os directement en contact les uns avec les autres et c'est source de douleur, de raideur et, dans certains cas, d'une certaine déformation osseuse, surtout au genou ou aux articulations des doigts. L'arthrose ne cause aucun problème aux organes.

Comment les distinguer ?

    Ce qui nous aide à distinguer ces deux maladies, c'est d'abord notre histoire. D'abord la polyarthrite cause de vives douleurs à plusieurs articulations et ces douleurs s'accentuent au repos ou pendant la nuit.
Elle entraîne aussi des gonflements des articulations et des raideurs qui persistent plus d'une heure (détail important) au lever et qui s'améliorent légèrement avec l'activité.
L'arthrose entraîne de la douleur surtout au moment de l'activité. Au repos, on ressent plutôt un soulagement. L'arthrose entraîne peu de raideur.

Deuxième distinction : la polyarthrite rhumatoïde touche plusieurs articulations, surtout celles des mains et des pieds. Elle n'affecte pas le dos.
L'arthrose concentre habituellement ses dommages sur une ou deux articulations à la fois. Et elle éprouve une affection particulière pour la colonne vertébrale. Elle peut quand même affecter les jointures des doigts (surtout les dernières) mais elle épargne les jointures entre la main et les doigts. Elle ne touche pas non plus le poignet ni le coude.

Troisième distinction : l'examen physique. Dans les cas d'arthrite rhumatoïde, les articulations sont chaudes et enflée alors que dans les cas d'arthrose, l'articulation ne montre pas de signes d'inflammation sauf par épisodes plus ou moins brefs.

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L'examen médical

    Muni de tous ces indices provenant de l'histoire du patient et de l'examen physique, le médecin peut établir le diagnostic d'arthrite rhumatoïde qui pourra être appuyé par un test de sang, le facteur rhumatoïde.
    Attention : Le Dr Danielle Perreault dit bien « appuyé » et non « confirmé », car il est possible d'avoir un test négatif et souffrir quand même de ce type d'arthrite. 
    Ce test devient positif chez 80 % des personnes souffrant d'arthrite rhumatoïde dans l'année qui suit le début de la maladie. Au tout début de la maladie, on n'obtient que 50 % de résultats positifs aux tests.
    Il est aussi possible que le test rhumatoïde soit positif sans que nous ne soyons réellement affectés de ce problème. En effet, sur l'ensemble d'une population, 3 à 5 % des gens peuvent avoir un test légèrement positif même s'ils ne sont pas atteints.
    Ce pourcentage peut atteindre 20 % chez les personnes âgées. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on ne conseille pas le test de facteur rhumatoïde, si les indices cliniques ne sont pas suffisants pour conclure à une arthrite rhumatoïde.
    Le patient risquerait trop d'être induit en erreur et de croire qu'il souffre d'une maladie, alors que ce n'est pas le cas. La médecine est un art...

Les traitements actuels

    Seules 10 % des personnes atteintes d'arthrite rhumatoïde guérissent spontanément. La maladie perdure donc chez la majorité. Elle s'y manifeste en vagues de rémission et d'attaques chez 90 % tandis que les autres 10 % connaissent peu ou pas de répit.
    Depuis 10 ans, il y a un changement important dans la façon de traiter l'arthrite rhumatoïde. On a longtemps réservé les « gros canons » ou les « médicaments plus forts » aux patients qui n'étaient soulagés ni par les anti-inflammatoires ni par les stéroïdes. Aujourd'hui, dès le début de la maladie, on offre des agents de rémission (ADR), un groupe de médicaments qui ralentit, et même, arrête la progression de la maladie.

    Trois produits sont fréquemment prescrits. D'abord, qui aurait pu penser qu'un médicament créé pour soigner une crise de malaria serait un jour utilisé pour contrôler l'arthrite rhumatoïde ? Il s'agit de l'Hydroxychloroquine (ou Plaquenil), un médicament peu toxique et qu'on prescrit surtout pour une arthrite peu sévère.
    Il y a la Sulfasalazine et le Methotrexate. Le Léflunomide (ou Arava) est un ajout récent dont l'efficacité s'apparente à celle du Méthotrexate. Pour contrôler une inflammation importante, on peut très bien utiliser une combinaison de ces produits.
    Les sels d'or, quoique efficaces et encore utilisés, ont été relégués au second plan au profit de produits mieux tolérés. La cortisone et les anti-inflammatoires soulagent les symptômes, mais ils n'empêchent pas la maladie d'évoluer.     

Les nouveaux médicaments

    Nouvelle famille de médicaments, des agents biologiques s'attaquent directement à une protéine qui allume et maintient le feu dans l'articulation, la TNF-alpha. 
    Le Remicade et l'Embrel sont des produits remarquables qui ont réussi à changer la vie de plusieurs arthritiques sévères de façon tout à fait spectaculaire. Ils sont passés de la chaise roulante à la marche libre, d'une souffrance journalière à la paix du confort.
    Le hic ? Ils coûtent de 15 000 $ à 20 000 $ par année. Jusqu'à ce jour, le gouvernement du Québec n'accepte pas de les rembourser alors qu'ils le seraient dans quatre autres provinces canadiennes.
    Cette famille de médicaments est réservée aux cas réfractaires aux médicaments mentionnés plus haut. Certains ont la chance d'être riches ou d'avoir des assurances privées, mais pour les autres...

     L'arthrose n'est pas une histoire de famille sauf pour ce type d'arthrose qui déforme l'articulation du bout des doigts. L'arthrite rhumatoïde affecte 1 % de la population et frappe deux fois plus les femmes que les hommes.


    Pour autres renseignements : 
Société d'arthrite du Canada, site Internet : www.arthritis.ca  (version française dans le site)


Réf. Dr Jean-Luc Tremblay, rhumatologue à Trois-Rivières