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Neurosciences du Comportement     (10)  
                                


" L'agressivité détournée " (Retour: Plan
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notes 10: La Mort    extraits (pages)

    La mort de quoi? Celle d'une "enveloppe" dont les caractéristiques la font appartenir au groupe homo sapiens, résultat d'événements évolutifs aux déterminismes desquels nous ne participons pas. Cette matrice biologique naît au stade où l'ont conduite les espèces précédentes. Elle utilisera dans son comportement le cerveau reptilien, celui des vieux mammifères, celui des mammifères plus récents, mais jamais elle ne pourra utiliser efficacement les zones associatives de son néocortex préfrontal. Pour cela il lui faut le langage et l'apprentissage des aînés. En d'autres termes, il faut qu'elle intériorise très tôt dans le système nerveux perfectionné qu'elle possède certaines activités fonctionnelles qui lui viennent des autres. Et les autres, ce ne sont pas seulement les êtres humains qui peuplent sa "niche" mais, par l'intermédiaire de ceux-ci et grâce aux langages, tous "les autres" qui ont transmis de génération en génération leur expérience accumulée. (167)
Ainsi, ce que la mort fera disparaître avec la matrice biologique, qui ne peut en rien assurer à elle seule la création d'une personnalité, ce sont "les autres".
    Mais peut-on dire que "nous sommes nous", simplement parce que les autres se sont présentés dans un certain ordre, variable avec chacun de nous, avec le milieu et avec la niche que le hasard de la naissance nous a imposée? Peut-on dire que nous existons en tant qu'individu, alors que rien de ce qui constitue cet individu ne lui appartient? Alors qu'il ne constitue qu'une confluence, qu'un lieu de rencontre particulier "des autres"? Notre mort n'est-elle pas en définitive la mort des autres?
    Cette idée s'exprime parfaitement par la douleur que nous ressentons à la perte d'un être cher. Elle est comme la suppression brutale et définitive de l'activité nerveuse que nous tenions de lui. Nous pleurons cette partie de lui qui était nécessaire au fonctionnement harmonieux de notre système nerveux. (168)

     Ce que nous emportons dans la tombe, c'est essentiellement ce que les autres nous ont donné. Que leur avons-nous rendu? Nous n'avons fait que transmettre d'une génération à l'autre l'expérience accumulés. Il suffit de vivre et de parler. En ce sens, chaque homme enseigne aux autres qui lui fut appris. Il transmet la vision de sa niche telle que les autres l'ont préparée et telle qu'il l'a acceptée. Si les connaissances de l'Homme à travers les siècles se sont enrichies pour déboucher sur notre monde moderne, c'est bien que le message s'est complexifié depuis ses origines. Cela nous le devons à quelques hommes qui ont ajouté une part sortie d'eux-mêmes et que le message ne contenait pas avant eux. Les autres sont bien morts alors qu'eux vivent encore en nous au sein de notre système nerveux. C'est une construction neuve qu'ils ont fait naître des associations rendues possibles par les zones associatives de leur cortex orbito-frontal. (169)
   
    À quoi sert de conserver une dépouille si cette matrice biologique, de son vivant,  n'a servi à rien d'autre qu'à recevoir sans jamais rien donner? Ce qui serait essentiel, du fait du nombre croissant des hommes,  c'est que le message puisse s'enrichir constamment de l'apport original de tous. Or cela ne sera possible que le jour où nous aurons trouvé le moyen de ne pas paralyser dès l'enfance le fonctionnement des zones associatives. Le jour où nous lui aurons appris le moyen de s'enrichir d'acquisitions neuves qu'il pourra transmettre autour de lui et après lui. De même que le paysan d'hier tentait d'enrichir le patrimoine familial, chaque homme de demain devra être capable d'enrichir le domaine de la connaissance humaine de son apport unique et irremplaçable. (170)
    C'est ainsi que la mort paraît pouvoir être réellement vaincue. Jusque-là, notre mort  n'est jamais que la mort de ceux qui sont en nous. Mais à partir de là, c'est chaque homme qui laissera sa trace indélébile dans le système nerveux de ceux dont les matrices biologiques lui survivront et qui transmettront à travers les âges cette petite parcelle de nouveauté que représente tout apport original à la connaissance humaine. (171)


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