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Neurosciences du Comportement     (06)  


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notes 6: Néocortex et Imagination    extraits (pages) 

Anatomie du Néocortex
Thalamus et Cortex
Cortex orbito-frontal
Noyau médio-dorsal thalamique et Cortex orbito-frontal
Lobe frontal, Imagination et Liberté
Liberté et Conscience
Motivation et Société
Résumé

    L'anatomie comparée du système nerveux a beaucoup aidé à la compréhension de sa physiologie. La mise en évidence de l'apparition progressive des structures hiérarchisées du système nerveux central a permis de mieux interpréter le rôle de ces structures dans les espèces contemporaines.
    Avant les reptiles le système nerveux ne présente aucune formation à laquelle on puisse donner le nom de cortex cérébral. Même chez les reptiles modernes le cortex est réduit à sa plus simple expression et il ne constitue qu'en une seule couche de cellules neuronales concentrées à sa surface.
    Au contraire, même chez les mammifères les plus primitifs le cortex est déjà bien développé avec plusieurs couches de neurones superposés. Il correspond au système limbique des mammifères supérieurs avec une partie médiane, l'hippocampe.

Anatomie du Néocortex
   Le néocortex qui apparaît avec les mammifères supérieurs a passablement altéré l'aspect du vieux cortex et s'est agrandi de façon considérable en refoulant plus profondément le vieux cortex.

Thalamus et Cortex
    Le thalamus constitue un carrefour de distribution à toutes les régions du néocortex et la fonction relative de chaque aire néocorticale est déterminée par la localisation du noyau du thalamus avec lequel elle est en relation.
    Chez les mammifères primitifs l'aire visuelle qui reçoit ses fibres du noyau géniculé latéral siège à l'arrière de l'hémisphère cérébral; l'aire acoustique, qui reçoit ses projections du noyau géniculé médian, siège entre l'aire visuelle et le cortex pyriforme tandis que le cortex sensori-moteur qui reçoit la projection des fibres venant des noyaux ventro-postérieurs et ventro-latéraux se situe en avant. (122)
    La subdivision du néocortex en différentes régions se retrouve chez tous les mammifères, mais chez les mammifères les moins évolués qui ont acquis un néocortex relativement développé, presque tout le cortex est occupé par l'aire sensori-motrice et par les projections corticales des noyaux sensoriels du thalamus..
    Au contraire, chez l'homme la plus grande partie du néocortex est occupée par une aire associative intercalée entre les aires sensitives et motrices. La base anatomique de l'évolution chez les mammifères est le résultat de l'extension de cette subdivision du néocortex, le cortex associatif. (*1)

    Nous avons déjà signalé que le cortex sensitif était à l'origine des sensations variées et que la combinaison de ces sensations grâce au cortex associatif, c'est-à-dire à des fibres allant d'une région à l'autre du cortex, permettait la réalisation des perceptions des objets, comme des représentations et des idées.Or on s'est aperçu que les zones associatives recevaient des fibres du thalamus et se trouvaient en relation avec le système limbique, hippocampe et corps mamillaire, en particulier.
    À ce sujet Renaud et Quarti (*2) montrent comment on peut définir l'aire orbito-frontale comme l'aire de projection du noyau médio-dorsal du thalamus, et que ce noyau est présent chez tous les mammifères et chez l'homme. (123)
   
Cortex orbito-frontal (124)
   
À partir de l'étude architectonique du lobe orbito-frontal chez le lapin, le mouton, le chat et l'homme, Renaud et Quarti font les constatations suivantes:
    1) Dans cette zone orbito-frontale, une couche granulaire (couche IV) fait son apparition, d'autant plus importante que le degré d'évolution est plus grand.
    2) Chez l'homme, la couche IV augmente d'importance de l'arrière à l'avant du lobe orbito-frontal et la couche V s'en approche.
    Or, plus une région cérébrale est immédiatement nécessaire à la survie plus elle doit être facilement stimulée en cas de besoin et plus puissamment elle doit répondre.
    L'anatomie microscopique montre que la partie postérieure du lobe orbito-frontal est précisément une région brute, primitive, répondant presque obligatoirement à des stimulations minimes.
    En allant vers le pôle frontal, cette organisation se modifie progressivement. Les seuils d'excitabilité s'élèvent, les systèmes effecteurs sont moins puissants, moins immédiatement ébranlés.
    3) Chez l'homme le lobe orbito-frontal présente en réalité deux régions distinctes :
> une région très postérieure, assez petite, dont la structure est restée semblable du mammifère inférieur à l'homme. Elle est caractérisée par la facilité avec laquelle elle est stimulée, la rapidité de sa réponse, le caractère obligatoire de cette réponse et sa puissance.
> une région antérieure où la stimulation doit être plus élevée pour être efficace. Les délais associatifs y sont nombreux, la réponse retardée. Cette réponse même peut ne pas s'extérioriser du fait des circuits associatifs et se réaliser avec des intensités très variables lorsqu'une afférence survient.

    On voit qu'à mesure que l'on monte dans l'échelle animale (même au sein de la seule classe des mammifères) la complexité des circonstances situationnelles de l'individu s'accroît.
    Les schémas de conduites alimentaires du carnivore (recherche de la proie, chasse, stockage des aliments) sont plus "aléatoires" que celles de l'herbivore.
    En bas de l'échelle, un assez petit nombre de stimulations est perçu et la réponse est adaptée à chacune d'entre elles, chaque fois obligatoire, sous la forme d'une séquence gestuelle qu'on a appelée "conduite instinctive".
    Puis à un degré supérieur de l'échelle, l'hésitation devient possible entre plusieurs de ces conduites stéréotypées.

Noyau médio-dorsal thalamique et Cortex orbito-frontal (cliquez) (126)

    Le Noyau MD qui commande l'activité de l'Aire OF s'est lui-même différencié en deux parties au cours de l'évolution : l'une est constituée de grandes cellules (groupe macrocellulaire), l'autre de petites cellules (groupe microcellulaire).
> La première établit des relations spécifiques avec la partie postérieure la plus ancienne du lobe orbito-frontal (MDmacro > OFpost),
> alors que la seconde est en relation avec la région la plus antérieure du lobe par une projection diffuse (MDmicro > OFant).

    D'autre part, ce noyau MD est en connexion avec des régions sous-corticales que nous connaissons déjà :
> Il reçoit un important contingent de l'hypothalamus qui entre en relation avec la partie macrocellulaire du noyau (HT > MDmacro).
> Il est aussi en relation avec les noyaux intralaminaires du thalamus (IL), en particulier le centre médian (CM). Nous savons que ce système dit "thalamique diffus" est un système focalisateur (Jasper) (MD < > IL + CM).
> Il est également connecté au pulvinar (P), noyau postérieur du thalamus dont on commence à connaître le rôle intégratif dans le fonctionnement du confluent pariéto-temporo-occipital (MD > P > PTO).
> Il reçoit enfin des projections du complexe amygdalien (CA) qui fait partie du circuit de Papez . L'ensemble de ces relations se fait de façon spécifique, directe, mais il existe aussi des projections diffuses dans les deux sens avec les noyaux réticulaires du thalamus (MD < > CA).

Lobe frontal, Imagination et Liberté (127)

    De tout ce qui précède on peut conclure que le Noyau Médio-Dorsal est un lieu de convergence intégrative entre la vie végétative (hypothalamus), la vie affective organisée autour du schéma corporel (pulvinar), celle des émotions (système limbique) d'une part et celle des remaniements associatifs incessants (système non spécifique thalamique) d'autre part.
    Chez le mammifère inférieur où domine la portion macrocellulaire du noyau et où il n'existe du côté cortical que la région de type postérieur, primitif, du cortex orbito-frontal, l'afférence principale est hypothalamique, donc végétative. Ce cortex frontal qui est la partie la plus évoluée de l'animal, est donc télécommandé par son état interne (biologique et viscéral).
    Chez l'Homme, ce circuit existe toujours, avec la même signification que chez l'animal (Renaud et Quarti). Mais il s'y ajoute d'autres mécanismes tels que celui qui, par l'intermédiaire du pulvinar, participe à l'organisation des affects autour du schéma corporel. Il s'agit alors d'une "auto-affectivité" libérée des stimulations extérieures. Mais surtout, par le développement de la zone antérieure du lobe frontal, il existe un mécanisme d'associations en réseaux d'une extrême richesse, capable d'associer les éléments des expériences mémorisées et d'établir des structures originales, imaginaires, lesquelles débouchent sur des comportements qui ne sont plus stéréotypés. En définitive, la propriété réellement humaine est justement cette possibilité, rendue possible par le cortex orbito-frontal, d'imaginer de nouvelles structures. (127)

    L'Imagination est-elle "Liberté" ? S'agirait-il plutôt d'un échappement à un niveau de déterminisme pour entrer dans un autre déterminisme d'un ordre plus élevé ?
Il ne s'agit pas de choisir "librement" entre plusieurs solutions toutes déterminées, mais bien d'imaginer une solution nouvelle qui ne réponde plus aux déterminismes antérieurs.. On obéit en cela à des déterminismes que l'on ignore, mais si l'on accepte cette définition, on accepte aussi dans ce cas d'appeler cela liberté, ou plutôt indépendance, terme moins absolu qui sous-entend l'échappement à certains déterminismes, sans éliminer la soumission à d'autres encore inconnus.
    Et cette indépendante n'est liée, on le conçoit, qu'au seul processus imaginatif. Tout le reste n'est que soumission.

    Le cortex orbito-frontal représente dans sa partie antérieure non spécifique un "mélangeur" des éléments mémorisés, aboutissant à la construction de nouvelles structures. Nous savons déjà que le vieux cerveau des mammifères en fait tout autant à partir des des acquis sensoriels. Le cortex orbitaire réalisera le "mélange", l'association à un niveau d'intégration supérieur, à partir des images (c'est-à-dire des activités nerveuses) déjà intégrées dans le cerveau sous-cortical.
    Mais ces associations ne se font pas au hasard, elles sont elles-mêmes motivées et elles le sont par les connexions sous-jacentes, par les affects, par les pulsions, les émotions et les expériences engrammées.
    Il est évident que l'enfant qui vient de naître ne peut rien imaginer au second degré d'abstraction. Jusqu'à quatre ans, il a déjà fort à faire à meubler son cerveau ancien d'automatismes, à activer des "circuits courts". Ce n'est qu'à partir de cet âge que les circuits longs (le mélangeur) sont réellement mis en action et permettent la prise de conscience (Wolinetz, E.). La notion d'antagonisme entre les automatismes et l'invention a déjà été exprimée (*).

Liberté et Conscience (129)

    Quant à la notion de liberté, on comprend qu'elle soit une donnée immédiate de la conscience, puisque notre inconscient est par définition inconscient.
    En présence des problèmes posés chaque jour à chaque individu, même s'il est incapable "d'imaginer" une solution vraiment neuve, il est déjà pourtant dispensé par l'acquis génétique de l'espèce "homo" d'une réponse stéréotypée obligatoire. Plusieurs solutions déjà expérimentées par l'espèce lui ont aussi été transmises par le langage et les rapports interhumains. Il n'a heureusement pas tous les jours à redécouvrir le feu, ni la roue.
    Placé devant cette palette comportementale, il échouera finalement sur son comportement, poussé par la vague de fond de son paléocéphale et, comme ce dernier fonctionne inconsciemment, il aura l'impression d'avoir choisi librement.
    En réalité, il aura "choisi" la solution qui diminuera ses tensions, qui satisfera ses pulsions, répondra le mieux à ses désirs, son désir de domination avant tout, expression sociale de l'instinct de reproduction, nécessaire à la survie de l'espèce.
    À un degré de plus il "choisira" le comportement automatique qu'aura imprimé en lui le groupe social auquel il appartient, il se soumettra aux jugements de valeur imposés par ce groupe et qui n'ont d'autre valeur que celle de protéger ce dernier en tant que structure vivante, mais structure vivante d'un degré d'organisation supérieur à celui de l'individu.
    Or, quand on imagine (c'est jusqu'ici la seule chose qu'on puisse faire) la multitude infinie des facteurs (déterminismes) qui ont façonné une personnalité humaine, déterminismes définitivement enfouis dans l'activité inconsciente de nos cerveaux préhumains, il est difficile de croire que sous le voile de cette inconscience, un seul acte libre, une seule image librement construite, puisse prendre naissance.
    Il n'y a d'ailleurs rien à regretter, car il nous reste une faculté fondamentale de ce cerveau humain pour peu qu'on sache s'en servir. C'est la faculté d'imaginer, la faculté d'élaborer, à partir de l'expérience, de toutes les expériences, le plus souvent devenues inconscientes d'ailleurs, d'élaborer une nouvelle structure, un ensemble de relations entre les faits mémorisés que notre paléocéphales ne résoudra jamais que de façon semi-automatique, dans un registre restreint.

Motivation et Société (130)
   
    Le déterminisme que nous venons de voir diriger le fonctionnement du mélangeur devient secondaire. Il constitue ce qu'on appelle souvent la motivation. Et même inconscient, il nous suffit de savoir qu'il existe, ce qui aura pour nous des avantages fondamentaux.
   > Le premier avantage sera d'alimenter un sentiment d'humilité, et la conscience de la relativité des "valeurs" humaines. C'est sans doute le chemin le plus court pour atteindre la tolérance.
    > Mais le plus important est de nous obliger à en connaître les mécanismes, à tenter à chaque instant de notre autoaanalyse (malgré la mauvaise réputation que celle-ci peut avoir ches les analystes eux-mêmes). Et cela, non pour une satisfaction narcissique, plus ou moins teintée de masochisme. Au contraire, la recherche des motivations inconscientes de nos comportements nous permettra souvent de découvrir la part qu'y prennent les automatismes sociaux.

    Les sociétés ne peuvent admettre sans réaction, le plus souvent, l'acte imaginatif, la solution neuve. Un système régulé ne peut s'accommoder d'un comportement n'entrant pas dans le cadre des automatismes nécessaires au fonctionnement de ce système, qui se croit régulé une fois pour toutes, ignorant l'existence des servomécanismes.
    Il est facile à un système d'imposer ses solutions définitives, ses jugements de valeurs et ses préjugés. L'individu pris dans leur engrenage éprouvera forcément un sentiment de satisfaction, de sécurité. Ses neurones demeureront dans un état oscillant harmonieusement de polarisation moyenne, les pulsions primitives du cerveau reptilien seront soumises aux automatismes acquis du vieux cerveau des mammifères. Il suffit de regarder quelques émissions de T.V. ou publicités qui représentent le système à levier d'autorécompense qu'utilisent habilement le singe et le rat.
    Mais l'on ne peut être que douloureusement dépolarisé au contraire par la découverte (bien incomplète) de la dépendance biologique et sociale des automatismes que nous croyons être des actes "spiritualisés", des déductions, des analyses prétendument scientifiques ou des opinions "libres". Cela n'a rien d'agréable, surtout si, en en ayant pris conscience, nous savons que nous ne pouvons nous en libérer que par la découverte imaginative d'une solution originale qui ne se présente pas obligatoirement à la sortie du "mélangeur" du seul fait que notre affectivité le désire.
    Et même si nous avons la chance de la découvrir parfois, elle se heurtera aux automatismes environnants appelés le bon sens, aux solutions qui ont fait leurs preuves, celles qui ne feront pas de peine au milieu social qui nous a accepté et qui contribuent (croit-il) à sa survie.

Résumé
C'est l'inconscience de nos déterminismes qui nous fait croire à notre conscience comme à notre liberté.
Le terme de conscience devrait être réservé à la conscience de notre inconscience.
Nous sommes enchaînés à notre substratum biologique et à notre environnement social.
La connaissance ne peut être comprise que connaissance de l'inconnu.
La connaissance doit déboucher sur l'imagination.


*1 Diamond I.T. et Hall W.C. : "Evolution of neocortex", Science, 1969, 164, 3877 : 251-262
*2 Renaud J. et Quarti C. : "Considérations sur le lobe orbito-frontal. De l'anatomie aux fonctions de l'esprit",      Agressologie, 1969, 10, 6


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