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1998                                                                                1- Nutrition    
Trémolières : Notes 7


Nutrition et Vie                                    ExplorerGlF.gif (1586 octets) imus01_icon.gif (1194 octets) Beethoven

"Partager le Pain"
Pr. Jean Trémolières, MD


CINQUIÈME PARTIE : LA BIOLOGIE DE LA BIOLOGIE (331-361)

Introduction 

I. En quoi la Biologie diffère-t-elle de la Physico-Chimie ?

II. Les méthodes de la Biologie

III. Les limites de la Biologie comme Science

Envoi : Vues biologiques dans la crise actuelle


Introduction

   Qu'est-ce qu'une cosmobiologie peut apporter aux homimidés sapiens, menacés de disparaître, engloutis par le milieu industrialisé que nous nous sommes fabriqué ?
    L'agriculture, les marchés, la médecine utilisent la Biologie. Science du vivant, peut-elle aider l'homme à rester fidèle à ce qu'il est ? Elle choque. Il s'agira beaucoup plus d'intuitions, que de science.
    Ce que la biologie nous a montré clairement, c'est que nos succès en physique et en chimie nous ont grisés en nous faisant savants et professeurs. Notre aptitude à observer, à manipuler, à imaginer, liée à un oeil, à une main, à des lobes olfactifs laissés vacants par la régression de notre olfaction, nous a permis d'entrer en possession de nos besoins primaires. Nous avons créé une société de consommation. Cette raison capable de dominer, d'utiliser le milieu ambiant, est devenue notre modèle. 
    L'évolution a transformé un omnivore polyvalent en un spécialiste du raisonnable, comme les carnassiers sont spécialisés par leurs crocs et leurs griffes, et les ruminants par leur rumen. Au cours de l'évolution, les spécialisations sont toujours dangereuses, car elles fixent une espèce dans un milieu précis. La souplesse qui sait s'adapter s'est toujours révélée plus efficace. Les accommodants, ce sont les plus habiles. Ainsi l'homme risque-t-il d'être vaincu par sa victoire. Nous n'avons plus qu'une langue de physiciens. Nous avons perdu la valeur de l'expérience sensible, de l'intuition née du rêve, du silence, de la contemplation. Mais voilà que, curieusement, cette physico-chimie appliquée au vivant nous fait redécouvrir ce qu'elle nous a fait perdre. En faisant cette biologie, en l'appliquant, l'homme peut redécouvrir ce qu'il est, s'il reste fidèle à ce qui lui a permis de devenir ce qu'il est devenu.
    La biologie va aux limites de la science. Elle relie la science à la conscience. Jusqu'où l'homme peut-il être un objet pour lui-même et quand devient-il acteur, sujet actif ?
    Toutes ces questions ont des incidences pratiques. Quel est le rôle positif de la biologie pour la transformation de la vie personnelle et socio-économiques de l'homme moderne ? En élaborant une biologie de son savoir et de son vouloir, voire de sa conscience, cette science, qui utilise toutes les sciences qui l'ont précédée pour les appliquer à la vie, transforme profondément l'homme moderne. Mais ceci c'est l'histoire qui se fait.

    1) La Biologie, thermodynamique des systèmes organisés, diffère de la Physique, thermodynamique statistique du désordre.
    2) Les méthodes de la Biologie, globales, précisant expérimentalement comment des ensembles interdépendants se manifestent, diffèrent des méthodes analytiques et probabilistes de la Physico-Chimie.
    3) Grâce à la Biologie, hors de l'univers physique mais dans celui de la vie, c'est en acceptant les limites à sa science que l'homme retrouve le chemin de son développement.

I. En quoi la Biologie diffère-t-elle de la Physico-Chimie ?

    Les schémas et concepts fondamentaux de la biologie ont une analogie nominale avec ceux de la physique mais un contenu différent. L'analogie n'est pas une forme de raisonnement mais une intuition dont l'expérience doit apprécier les limites.

Les unités
    La particule, objet portant une masse, une charge, une énergie, devient en biologie, une unité organisée.
    La particule de matière du physicien est une masse située dans l'espace et le temps.
    La masse y est conçue comme l'objet qui peut être déplacé dans un champ de gravitation ou électromagnétique.
    En biologie, la propriété qui la définit est son niveau d'organisation qui l'intègre dans le champ de la vie.
    C'est ce degré d'organisation qui lui permet d'échanger sa matière avec d'autres particules vivantes.
    De même que l'énergie libre d'une molécule dépend de sa structure, celle d'une particule vivante dépend de son degré d'organisation.
    Il y a une analogie entre la structure d'une molécule et l'organisation d'une cellule vivante, mais aussi une frontière délimitant deux univers différents.
    Chacune de ces particules est définie par son comportement, c'est-à-dire par ses aptitudes à réagir de façon identique dans un champ, ou vis-à-vis d'autres particules définies.

PARTICULES MATÉRIELLES
Particules minérales
électrons
protons
neutrons, etc.
atomes
molécules
macromolécules
Particules vivantes
macromolécules
matrices
enzymes
organites
cellules
tissus
êtres pluricellulaires
écosystèmes de biosphère

Les ensembles
    L'ensemble de particules minérales réalise un système matériel caractérisé par sa densité, son volume, sa température, sa pression. 
    Dans les ensembles minéraux, les particules sont animées de mouvements désordonnés de translation, rotation ou vibration. Elles arrivent à l'équilibre d'énergie en des instants réversibles de temps. L'équilibre est réalisé par les chocs de rencontres au hasard d'objets agités, restant chacun ce qu'ils sont.
    Dans les ensembles biologiques, les associations reposent sur le choix de conditions assurant la plus grande probabilité de survie de l'individu. 
    L'ensemble biologique n'a pu se spécialiser qu'en se protégeant, en délimitant, en stabilisant un milieu intérieur dans lequel chacune de ses particules est protégée contre un excès de désordre, en réglant les circuits métaboliques, en utilisant un système comportemental capable d'imaginer des ensembles plus parfaits. Chaque particule est en relation avec les autres en se modifiant à chaque instant de façon à réaliser une harmonie durable.

Interaction des unités et de leur milieu
    L'ensemble biologique est organisé pour contrôler le désordre intérieur et extérieur dans lequel il a à subsister. Il ne fonctionne qu'entre des marges de température, de pression, de concentration, très étroites.
    Il neutralise la température ou la concentration en compensant leurs effets par sa nutrition. Il développe ses propriétés de vivant : la sensibilité, la mise en situation ou compréhension, et la réactivité.
    L'ensemble biologique n'a d'équilibre que dans la croissance, la multiplication et dans un temps orienté. Il obéit à une finalité mystérieuse, comme s'il luttait contre le désordre dans un univers organisé capable d'échapper au hasard de l'univers minéral.

Thermodynamique statistique et Thermodynamique des Systèmes Organisés
    Le comportement de la particule vivante est intéressant à comparer à celui de la particule minérale. La particule minérale reçoit un choc, elle change son mouvement ; mise dans un champ, elle s'y conforme. La particule vivante cherchera à échapper et à profiter du choc ; elle apprendra à le fuir ou à l'utiliser. Elle intervient activement. En se changeant elle-même, elle change son milieu en établissant des relations avec lui.

    * La particule du gaz parfait
Elle est conçue comme parfaitement symétrique, sphérique, stable. À un choc, elle réagira en accélérant ses déplacements de translation, de rotation, de vibration. Elle ne fera que recopier, prendre le relais du choc reçu sans en rien transformer. C'est l'objet parfait, restant lui-même quel que soit ce qui l'entoure.  

    * La particule des réactions chimiques  
S'il s'agit de molécules dissymétriques, par exemple en forme de boomerang comme celles de l'eau, le choc de deux molécules va transmettre l'agitation de choc et, de temps en temps, casser des molécules recevant un choc en un point fragile. De l'énergie sera ainsi employée à remodeler les particules suivant le point d'application et l'intensité du choc subi.
Avec des molécules dissymétriques, la fragilité interne des particules va faire que : 
   
1) l'énergie totale d'un système isolé appelé H (heat content = contenu de chaleur) se trouve répartie en 
    2) de l'énergie liée à la structure interne des molécules (énergie chimique ou libre = free energy) utilisable pour réagir avec d'autres molécules, et
    3) de l'énergie thermique, T, puisque la molécule n'ayant plus la même forme coûtera plus ou moins cher pour sa mise en mouvement. Le facteur mesurant le coût de l'énergie d'agitation est appelé S ou entropie. On le mesure par la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1°C la température de l'unité de masse du corps.
    Comme les diverses formes d'énergie se conservent dans un système isolé, on a :  H=F+TS .

    * La macromolécule biologique
On a des modèles informés lorsque des particules qui, au lieu de se casser ou de s'assembler sous le choc d'autres particules, ont des réactions ordonnées, réversibles et perceptibles à l'observation. Par exemple une particule va raccourcir puis rallonger sa longueur, ou libérer puis reprendre des charges électriques, ou fixer d'autres molécules spécifiques. Ces modèles pourront remplir une fonction de mouvement, de signal, ou d'accélérateur de réaction chimique.
    De tels systèmes dits informés, tels les fibrilles musculaires, les cellules sensibles de la rétine, les enzymes, sont d'un niveau "supérieur".  Leur réponse à un stimulus est conforme à un schéma préétabli correspondant en général à une loi de moindre effort, c'est-à-dire à une solution optimale donnant la réaction la plus rapide, au moindre coût.

    * L'information biologique
Le degré d'information d'un système se mesure par la probabilité de la réponse dans le système par rapport à la probabilité dans un tube à essai, c'est-à-dire par hasard.
    Le degré d'information d'un système est fonction du rapport de probabilité de la réaction dans le système par rapport à la probabilité du désordre. Mais en biologie la transformation action - réaction de la particule élémentaire est à la fois plus complexe et plus perceptible que pour une particule minérale. Ces systèmes "organisés" doivent être "ouverts", car lorsque la source d'énergie atteint le système organisé, elle ne servira pas toute à la réaction "informée". Comme dans un poste de radio, il y aura des bruits de fond, des réactions parasites qui ne seront pas récupérables lorsque le système organisé reprendra sa position de repos après avoir rempli sa fonction.
    Ces bruits de fond ont deux rôles majeurs :
- celui des aberrations conduisant aux découvertes,
- celui des enfants, des non rentables, préparant les développements de demain.
    Un système organisé ou informé n'étant jamais totalement stéréotypé, des réactions "folles" vont se produire. La plupart seront jugées inutiles ou dangereuses, mais quelques-unes pourront être des découvertes.
    Ces systèmes se détruisant toujours plus ou moins en fonctionnant, du fait des "coups de hasard", ils vont devoir se "refaire" constamment. C'est sur ce flux des nutriments et en consommant beaucoup d'énergie apparemment sans but que l'organisme va élaborer des systèmes de plus en plus fragiles, complexes, modulant des flux d'énergie beaucoup plus faible.

    * Le langage des spécialistes 
   
« On ne peut plus faire de biologie sans se référer constamment au "projet" des organismes, au sens que donne leur existence même, à leurs structures et à leurs fonctions. » (F. Jacob)
   
Le seul projet absolu ne peut être que de mourir, c'est-à-dire, comme dans tout système physique, d'atteindre un état d'équilibre absolu.
    « La notion d'organisation, sur quoi se fonde désormais l'être vivant, ne peut se concevoir sans une fin qui s'identifie avec la vie et... qui trouve son origine au-dedans même de l'organisation, » (F. Jacob)

Métaphysique de la physique de l'organisation
    Les concepts fondamentaux de la biologie actuelle appartiennent à une physique qui est bien proche d'une métaphysique.
    Le "projet", "la fin qui s'identifie avec la vie", cette "organisation" qui se juge à ses fruits, a de singulières résonances spirituelles.
    Le fond de "mémoire" sur lequel vont pouvoir se trouver des "formes nouvelles" évoque la dialectique de l'avoir et de l'être.
    Enfin, le problème de la représentation et des colorations affectives, symboliques et sacrées du psychisme est posé. "L'énergie psychique" ou "l'énergie spirituelle" n'ont et n'auront rien à voir avec l'énergie physique tant qu'on ne saura pas transformer quantitativement l'une dans l'autre.

    L'avantage du biologiste sur les "savants" qui viennent d'être cités est que ses grands-pères étaient naturalistes. L'avantage de la position du médecin est que sa fonction est de "prendre soin" de l'homme, sans trop se soucier d'autre chose que de panser des blessures, d'examiner ses actions élémentaires, son manger, sa sexualité, ses moyens de travailler et de communiquer.
    La biologie ne prend la science ni comme une machine à connaître, ni comme une idole, mais comme une fonction de l'homme qui se développe.
    Pour le médecin et le biologiste, la connaissance doit avoir une signification, c'est-à-dire une utilité et, peut-être, une certaine vérité qui ne saura être une sécurité.
    Pour le chasseur de "connaissance en soi", "celui qui connaît" doit disparaître. Le phénomène existe seul, c'est là que se situe la vraie question. Dans quelle mesure l'homme peut-il connaître un absolu indépendamment de ce qui est lui-même ? Pour moi, cet absolu qui n'évoque aucune lumière, aucune chaleur, n'est que froides ténèbres.
    La particule humaine emprunte à son entourage ce que ses sens lui rendent désirable. Le type d'homme qu'elle devient est "jugé", "apprécié" par un sens profond du type d'homme qu'il voudrait être. C'est en faisant que l'homme se fait.
    Les êtres vivants ne sont pas mûrs pour devenir des concepts et des lois physiques. Nous n'avons d'unité stable puisque que le temps est orienté et nous fait évoluer. Nous ne sommes pas des objets de physique. Nous ne constituons pas des ensembles puisque l'unité que nous sommes diffère d'une certaine façon de toute autre par son histoire personnelle.
    La biologie n'est-elle que savoir-faire ou sera-t-elle un jour une science conscience de l'homme ?

II. Les méthodes de la Biologie
   
« Living cells are systems where the whole is more than the sum of its components. The integration of the parts to a unit involves an arrangement whereby the component parts influence each other's behavior. » (H. Krebs)

Un ensemble coordonné d'informations signifiantes
   
Au lieu d'étudier les facteurs un à un, analytiquement, les propriétés (d'une enzyme pure, d'une hormone isolée, d'un constituant sérique ou tissulaire, ...), c'est une quantité minima d'informations sur le même organisme, au même moment, qui devient signifiante
    La caractéristique du vivant étant l'organisation, donc la complexité, il vient un moment où l'analyse a dépassé son objet. À force de le simplifier, l'univers expérimental a perdu son sens. On sait tout mais sur rien.

Le cas individuel et l'ensemble statistique
    Cet « ensemble d'informations » recueillies simultanément doit pouvoir être rapporté à un organisme aussi bien défini que possible. Il ne suffit pas prendre un groupe d'obèses, il convient de tenir compte de facteurs déterminants inconnus. La constitution des groupes statistiques n'est faisable qu'après coup. Chez l'animal, cela signifie qu'il faut connaître non seulement la souche, l'histoire alimentaire et pathologique.
    L'expérimentation sur des groupes statistiques n'est valable que pour étudier des phénomènes portant sur des ensembles d'individus ne différant les uns des autres que par hasard. Or, le hasard, pour l'être vivant, suppose que non seulement les facteurs extérieurs mais l'organisme ne déclenchent des réactions qui se systématisent diversement. L'être vivant n'est que partiellement et temporairement dépendant du hasard. Il est ou peut devenir partiellement « libre «. C'est donc le fait individuel et non plus le fait statistique qu'il convient d'étudier. Une réaction libre est une réaction qui pourrait, en fait, être prévue si le modèle qui la détermine pouvait être connu. Or il ne peut l'être qu'en se manifestant.
    La sénescence paraît bien être liée aux coups du hasard, c'est-à-dire à l'agitation désordonnée qui persiste dans la cellule dans les phases liquides. C'est ainsi que le code génétique finit par dégénérer et que chacun des types de cellules reçues à la naissance ne peut se multiplier qu'un certain nombre de fois (50 fois pour les fibroblastes). De même, les radicaux libres de ce tissu de soutien qu'on appelle collagène disparaissent pour la même raison, et le tissu de soutien devient rigide, inerte.
    D'une part, l'homme va essayer de lutter contre ce hasard, pour en retarder les effets. Une croissance lente, un régime alimentaire réduit en calories sans relever le pourcentage énergétique des protéines, restant bien équilibré, l'absence de toxiques, paraissent efficaces chez l'animal. D'autre part, ne peut-on pas considérer que, sur un tout autre plan, la lutte désespérée des espèces contre la mort, sa sublimation, sont une tentative pour triompher des mauvais coups du hasard.
    Pour rester au laboratoire, c'est l'étude de cas individuels qui permettra bien souvent de remarquer des phénomènes dont on pourra déterminer les facteurs. Ces études de cas individuels ou de petits groupes observés servent de pilotes et sont complémentaires aux études statistiques. Il y a plus qu'une méthode de recherche, la coexistence de phénomènes dépendant du hasard et de phénomènes créateurs d'une organisation nouvelle.

    On ne peut concevoir une explication au comportement « libre », « créateur », à partir des remarques suivantes. Finalement, tout phénomène est déterminé, c'est-à-dire logique, qu'il s'agisse d'une logique simple des causes et des effets ou d'une logique statistiques, probabiliste, éliminant les effets seconds. Mais les possibilités de se « déterminer » qu'a l'être vivant sont infinies. Une molécule d'A.D.N. peut encoder 10.
1500 possibilités. Les articulations de 15 milliards de cellules nerveuses modulées par les concentrations relatives d'une cinquantaine de composés permettent de multiplier ces « potentiels » de choix par un facteur énorme. 
    Ainsi, si l'homme voulait se « déterminer », même avec les ordinateurs les plus extraordinaires, ou bien il serait mort avant d'avoir terminé les calculs, ou bien il aurait dû simplifier tellement les données qu'un facteur négligé, « on ne sait d'où venu », viendrait lui imposer une autre solution.
    Aussi l'homme ne se détermine-t-il pas, il « s'essaye ». S'essayer, c'est « jouer » une solution anticipée et estimer séquentiellement si « ça va » ou si « ça ne va pas ». Ces « essais » ne sont pas, du reste, aléatoires. Ils sont « imaginés », « anticipés » par cette machinerie neuroendocrinienne qui, d'une part, peut fonctionner à vide, ce qu'on appelle l'état émotionnel, et, d'autre part, participer mystérieusement à un modèle , réalité foncière, source de toute solution que l'on ne chercherait pas si on ne lui était pas apparenté d'une certaine façon.
    Quoiqu'il en soit de la définition difficile de la « liberté », la conclusion méthodologique est qu'une population d'êtres vivants n'est traitée par les lois de la probabilité que partiellement et que l'étude du cas isolé est nécessaire pour approcher les régulations et les comportements.
    Un système libre est celui qui « se fait en faisant ». C'est un système « déterminé » vis-à-vis de facteurs inconnus qui ne se révèlent qu'en étant manifestés et, un fois manifestés, deviennent autres qu'ils étaient.
    Il participe également des systèmes « probabilistes », car il est soumis en partie, en particulier du fait de facteurs externes, à des circonstances de hasard.
    Par rapport à un système purement probabiliste, le système libre se conforme à des facteurs internes qu'il révèle suivant le choix qu'il fait. Il les porte alors en mémoire. Il se détermine en faisant.
    C'est comme participant lui-même à la réalité physique que l'homme, en la ressentant, en la développant, a pu élaborer la plénitude de son système scientifique d'objectivation du réel.
    Instant privilégié lorsque l'impression de tache conjointe à celle d'un mouvement oculaire a donné la notion de la ligne droite, de l'angle, où furent tracés les trois axes des coordonnées représentant l'espace de l'homme, où le langage sonique fut conjoint à la symbolique graphique, où le Chronos fut conçu comme réversible et prévisible, où Lavoisier découvrit les lois des proportions définies et conçut les propriétés des radicaux acides, où Maxwell uniformisa en un concept unique les énergies électromagnétiques et lumineuses, où Einstein conçut les relations masse - vitesse - énergie. L'homme se trouve un jour placé devant des faits jusque-là plongés dans le chaos inconnaissable et une « intuition » fait apparaître un « déterminant », un « opérateur » qui va se trouver transformer la réalité chaotique en une réalité que l'homme peut appréhender, prévoir, utiliser. Cette « intuition » est un des trois moteurs de la connaissance. C'est la perception d'un modèle émergeant comme une aurore des brouillards de la nuit.

Nécessité de schémas synthétiques servant de référence provisoire
   
Cette quantité d'informations signifiantes sur un organisme défini par des multiples relations disposant d'un potentiel évolutif indéterminé, repose sur une conception nouvelle. Jusqu'ici, la biologie était la juxtaposition de la biochimie, de l'enzymologie, de la physiologie des fonctions. La simplification, le découpage inhérent à la méthode scientifique se faisaient par composés organiques, enzymes, hormones, par les éléments mesurables d'une fonction.
    Maintenant, ce sont des grands schémas simplifiés représentant les organisations fondamentales aux divers niveaux qui deviennent nécessaires. Représentation simple des propriétés des éléments et des composés organiques ; des grandes voies métaboliques et de leur physiologie, des structures et fonctions des organites cellulaires organisant des systèmes enzymatiques structurés sur des membranes ; des trois systèmes généraux de l'être pluricellulaire.
    Il ne s'agit pas d'ingurgiter la biochimie, la biophysique, l'enzymologie, etc. sous leur forme actuelle, mais de les élaborer en schémas figurant et simplifiant la réalité. Il ne s'agit pas de vulgarisation, car le schéma doit rester un langage évocateur, accompagné d'une sélection des faits les plus signifiants, des travaux expérimentaux, des hypothèses, qui les ont établis.
    La portée des « schémas généraux » dépasse de beaucoup celle d'un moyen pédagogique et atteint celle d'un langage. De même que l'algèbre, avec ses symboles, la physique avec ses lois en équations, la chimie avec ses formules, ont trouvé des langages, la biologie en est au stade où elle a besoin et est en mesure d'élaborer une représentation adéquate abstrayant l'information sous une forme maniable par l'esprit.
    Derrière la « mise en mémoire », il y a une synthèse organisatrice des expériences faites et évocatrices pour de nouvelles compréhensions. 

Conclusion
    Appréhender la recherche biologique non plus seulement avec des techniques physico-chimiques, en naturaliste, mais avec un langage condensant suffisamment les concepts actuels, ce sont là les trois éléments d'une profonde évolution de la biologie.

III. Les limites de la Biologie comme Science 

    La limite de la biologie comme science c'est le moment où l'être vivant, cessant d'être indépendant des objets extérieurs, l'objet devient subjectif, et où objet et sujet se modifient réciproquement.
    Le savant est devant un choix fondamental.  Ou bien il définit l'objet et l'être vivant et établit des relations déterministes, c'est-à-dire scientifiques dans le comportement. Le temps est alors réduit au déroulement chronologique de phénomènes limités, prévisibles et monotones. Ou bien il reconnaît au cosmos biologique, non seulement un déroulement, mais un développement et une histoire, pas seulement des relations déterministes et probabilistes, mais aussi « libres » et imprévisibles en révélant des modèles, modifiés par les événements antécédents, qui ne reproduisent pas identiquement en se manifestant.
    La vie et son évolution à tous les niveaux, révèle à chaque étape des modèles nouveaux. C'est le comportement précédent qui engendre de façon séquentielle, historique, le comportement suivant. La science devient histoire.  

Les impressions du cosmobiologiste 
    Les conclusions méthodologiques nous conduisent à parler des impressions que l'homme retire de cette « biologie », science et histoire, finalement connaissance de lui-même et l'histoire dont il est acteur.
    L'homme moderne croit, depuis Prométhée, qu'il pourra dérober le feu du ciel et démystifier tous les concepts grâce auxquels il connaît et agit. Inversant le système, l'homme participe et vit plutôt de la façon dont il se représente son univers.  

L'image que l'Homme se fait de la Biologie
    L'univers biologique participe de l'univers physique. La matière, l'énergie, le temps qui l'habitent sont de même nature. L'être vivant est situé à une échelle spatiale et temporelle qui va du micron au mètre, de la seconde à des dizaines d'années.
    Cette échelle d'espace et de durée a pu être réalisée grâce à un milieu de matière et de radiations électromagnétiques adéquat. En 3 milliards d'années, l'être vivant, en une succession de générations (en réalité, par d'immenses séries d'ensembles de particules élémentaires de vie appelés individus, dérivant les uns des autres) a contribué à développer, à partir des conditions originelles, un « milieu intérieur » dont les caractéristiques énergétiques de désordre sont remarquablement fixes (37° C, 300 mosm), dont les matériaux moléculaires ont des structures très complexes permettant des fonctions de perception, d'action, de représentation à partir d'un milieu minéral atomique simple (C, O
2, H2, N, et une dizaine d'autres) et d'un rayonnement électromagnétique sélectionné. L'ensemble réalise la biosphère, située en un certain lieu et à un certain moment de l'évolution cosmique, actuellement réalisée sur l'écorce d'au moins une planète : la Terre. 
    Le monde biologique apparaît ainsi comme un état dynamique stationnaire assurant un ordre stable mais se développant sur le flux de désordre croissant du monde physique reliant le macrocosme au microcosme. C'est grâce à l'énergie reçue des explosions thermonucléaires du soleil, dégradant son état matériel, que la biosphère terrestre maintient son ordre très improbable et très élaboré contre le jeu d'un hasard conduisant au désordre maximum. Le hasard n'est que l'univers d'échanges entre deux univers ordonnés en développement, l'univers du vivant et l'univers cosmique
    Ce qui caractérise cet univers biologique en lutte permanente avec l'univers minéral à son échelle spatiale, c'est l'existence d'unités autonomes, ayant réussi à réaliser une relative indépendance dans le temps, vis-à-vis des lois de l'univers minéral. Cette relative indépendance tient à un système organisé, informé, stockant en mémoire des connaissances, en réserve des matériaux lui conférant une indépendance pour un certain temps, lui permettant d'organiser son milieu extérieur pour le rendre moins agressif, tentant des formes nouvelles de vie dont le succès ou les échecs révèlent des sortes de lois archétypales : unités autonomes subissant grâce à une organisation interne, réussissant à organiser en partie le milieu extérieur, à s'en rendre en partie indépendantes ou à se modifier elles-mêmes, c'est-à-dire à s'adapter, révélant ainsi des lois profondes de la vie

    Le survol des systèmes biologiques nous a montré qu'ils reposent sur une série de concepts :
-- Unité, autonome, individu, organisme
témoignent d'une donnée immédiate du bon sens : un homme, un cheval, un microbe constituent une unité matérielle et fonctionnelle, même si cette unité est faite de milliards de cellules, chaque cellule étant elle-même une unité associant des milliards de molécules.
-- Système thermodynamique organisé ouvert. La thermodynamique, science des relations entre matière et énergie, a été élaborée pour les moteurs thermiques. L'organisme vivant s'apparente à un moteur électrique utilisant des différences de potentiel d'électrons sur des circuits moléculaires organisés plus profondément. Il associe les formes d'énergie les plus diverses depuis les quantités infimes nécessaires à la perception sensible, à l'information, jusqu'aux importantes énergies mécaniques nécessaires aux mouvements, aux positions, aux états émotionnels, éléments de l'action efficace.
-- Le concept d'organisation est un assemblage très intuitif englobant ceux de minimum d'effort pour le maximum de stabilité ou d'efficacité , ceux d'évolution et de développement d'ensembles de plus en plus complexes. 
-- Adaptation, spécialisation, évolution et, finalement, existence

    Ces concepts sont des mots gardant de fortes racines émotionnelles, irrationnelles. La science s'interdit de mélanger leur définition scientifique, qui est opérationnelle, et leur pouvoir évocateur, qui est émotionnel. 
    Il se passe avec ces mots, nutriments de notre connaissance et évocation de nos désirs intimes, ce qui se passe avec nos aliments. Notre comportement, vis-à-vis de ces mots présente un aspect objectif, fonctionnel, mais ce n'est qu'artificiellement qu'on peut l'isoler de l'aspect émotionnel, évocateur et intuitif.

L'image que la Biologie fait de l'Homme ou une Science donnant une Conscience 
    *
Dans sa cabine Apollo, l'homme se sent devenir inutile, puisque son génie lui a donné tout ce qu'il pouvait espérer, posséder. Et il rêve.
    * L'archipel du Goulag venait de révéler que l'idéologie communiste ne subsistait que par un régime de terreur et qu'il avait fallu qu'un détenu ose parler pour faire entendre après 50 ans la première voix humaine parmi des millions.
    * Les U.S.A., pour recruter des immigrants, présentent comme un succès le fait que 18 millions de leurs citoyens soient soignés par des psychiatres.
    * La consommation de drogues euphorisantes monte en flèche.
    * 50 à 80 % des femmes des pays industriels vivent obsédées par leur apparence, occupées à ressembler à une vedette parce qu'elles ont perdu le sens de ce qu'elles sont.
    * 70 % des hommes meurent précocement d'angoisse cardiaque.
    * Sachant tout faire, jamais l'anxiété de pouvoir faire n'a été si grande.
    * On déboise chaque jour 70 hectares de forêts pour assurer le papier d'un journal.
    * Les sex-shops et les sectes religieuses emploient des procédés identiques pour recruter des adhérents.
    * Les consommateurs boycottent les producteurs.
    * Le progrès scientifique et technique est mis au banc des accusés par le grand slogan de la pollution.
    * La génération des adultes renonce à apprendre à vivre à ses propres enfants.
    * La famille se disloque.
    * Un appel est partout, et partout une absence.

    Idolâtrant sa science, l'homme possède cette terre. Mais qu'en fait-il ? Les peines et les joies de son pouvoir, de son savoir, le replacent sur son orbite, le retournent vers son dedans, vers ce noyau qui ordonne et anime son unité, son existence, son avenir. 
    L'homo sapiens découvre que ses peines, ses joies, son savoir ne font de lui qu'un quantum, un instant de vie qui n'est rien s'il quitte le champ d'amour et de vérité dont il n'est qu'un moment. 
         

Envoi : Vues biologiques dans la crise actuelle 
 

    La crise actuelle ? C'est le bruit de fond, le chaos, les essais, précédant la découverte de nouvelles « structures » politique, économiques, de nouveaux moyens de communiquer, de travailler, de manger, d'éduquer, de policer...

La crise est dans la chair même du monde
    Les instruments de travail ont bouleversé le travail de l'homme. Pour mettre en oeuvre le progrès technique, la taille des entreprises, les concentrations des capitaux, et celles des hommes ont dû devenir énormes. Leur organisation doit être planifiée, informatisée, réglée selon une série de programmes élaborés longtemps à l'avance. 
    Aliéné, menacé de se sentir exclu par le système qu'il a engendré, l'homme est inquiet. Il voudrait que la biologie lui garde une terre humaine. Il voudrait que le logement, les vacances, les cités soient conçues « biologiquement ». Les problèmes posés par le bruit, les relations père - mère - enfants, , la pollution de l'air, l'éclairage, les espaces verts, la forme fonctionnelle, le préoccupent.
    L'homme et le vivant sont devenus le champ de préoccupation majeur de la société industrielle menacée de disparaître du fait même de ce qui fait sa richesse.
    Inutile de revenir en arrière. Nous sommes « condamnés » au développement.

La Biologie dessine un Homme tridimensionné : chair, cœur et esprit
    Une biologie bien assumée n'est que la prise de conscience de ce que devient l'homme dans l'environnement qu'il se crée et qui se fait.
    La matière vivante est en train de s'élaborer. L'être vivant n'est que très peu autonome mais, plutôt, une structure harmonieuse qui se maintient stable en évoluant dans le champ de ses relations. Cette structure organisée anime ces quanta de vie que sont chacun de nous. Ils meurent en laissant en héritage leurs essais, heureux ou malheureux, vers une structure plus conforme à l'univers.
    Le temps vivant parait ainsi orienté comme une histoire. L'être vivant isolé n'est qu'un pas dans ce chemin. L'histoire des hommes en est une étape.
    L'homme y apparaît essentiellement un et multiple, seul et relié. Il se fait en faisant et, se faisant, se connaît. Sa connaissance est trinitaire : objective, affective et symbolique.
    Cette prise de conscience se dégage de l'observation des comportements élémentaires de l'homme : alimentation, sexualité, communication. Elle se dégage aussi de ce qu'est la science, c'est-à-dire le Savoir.
    La passé est inscrit dans l'histoire écrite ou non écrite des hommes et le futur dans ce que l'histoire du passé a permis de dévoiler de confiance, d'espérance, d'élan vers la vie.
    Le passé humain fait la culture, la civilisation. Il sert de trame pour tisser la « révélation » du futur auquel l'homme aspire. Ses rêves, ses concepts éclairent les crises dans lesquelles nous nous débattons.
    Les instruments, les machines de l'homme actuel « coûtent cher ». Il faut des équipes organisées utilisant des machines fabriquées par d'autres équipes. Le travail déjà accumulé par d'autres s'appelle le » capital » dans les systèmes capitalistes, ou la « planification » dans les systèmes socialistes. Le dollar ou la rationalité d'un système social ne sont que deux aspects du Pouvoir.
    Le Savoir et le Pouvoir qui font le monde industriel ne peuvent maintenir leur vérité que dans un Vouloir sain. Comment s'élabore donc le Vouloir dans la société actuelle ? Sa forme burlesque est le suffrage universel. Partis, syndicats, utilisent les « faiseurs d'opinion » : média, législation des échelles de salaires, fiscalité, etc. Encore plus que pour le Savoir, les puissants cherchent à annexer les déterminants du Vouloir. La manipulation de l'opinion, c'est-à-dire des choix, n'est pas un vain mot surtout quand les mots sont devenus mensongers, comme l'idée même de Vérité.
    La société a besoin d'institutions et d'un langage. Mais il ne faut pas mettre le vin nouveau dans de vieilles outres. Le cléricalisme a vécu. La vraie qualité de la vie est dans le vouloir de chaque homme de la vivre et de refuser la chair offerte aux idoles.
     

Décider de Vivre : Débloquer la boussole du vivant
    Il y a des sacrifices à faire et des décisions à prendre pour que, dans le Pouvoir, le Savoir et le Vouloir de notre société, l'espérance en l'homme de toujours soit présente.
    Une vue biologique de la crise actuelle ne néglige pas l'aspect de l'effort humain. Mais ces « mises en oeuvre », ces « essais » ne valent que s'ils sont éclairés par un savoir, une information juste, lui-même animé par une volonté fidèle.
    Il faut beaucoup d'essais, beaucoup d'errements autour de l'orbite de la justice et de la vérité pour en découvrir la place et aller plus avant.
    La boussole, la tête chercheuse du vivant, est orientée vers ce pôle où s'équilibrent les fonctions qui nous animent, le savoir qui nous rend capables d'agir, le cœur qui nous permet de juger ce qui est bon et beau, et l'esprit de discerner ce qui est vrai.

    La boussole du vivant ne fonctionne qu'à certaines conditions : ( réf. Soljenitsyne )
-- Avoir le courage chaque matin de reprendre la route des hommes de bonne volonté, malgré la fatigue, malgré tout ce qui nous manque.
-- Ne pas croire qu'on nous soulagera de porter notre angoisse.
-- Ne pas croire qu'en accusant les autres, les doctrines, les idéologies, on résoudra ses difficultés.
-- Ne pas chercher à ébranler l'inébranlable, les habitudes d'une administration, des institutions, des lois, qui ne sont que les apparences des formes du vouloir dans le cœur de l'homme.
-- Aimer la vie. Recevoir les peines et les joies. Rester fidèle à tout ce qu'on a aimé et cru comprendre, pour que chaque instant de la vie puisse révéler un peu plus de ce qui est caché.

    Une vue « biologique » sur l'homme est simplement une vue globale où l'homme est là, tout entier, corps et âme, cœur et esprit, jeune et vieux, solitaire et relié avec tous. La crise actuelle n'est qu'une station du chemin vers ce lieu du temps baptisé : l'Être.