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1998                                                                                1- Nutrition    
Trémolières : Notes 1, 2


Nutrition et Vie                                    ExplorerGlF.gif (1586 octets) imus01_icon.gif (1194 octets) Beethoven

"Partager le Pain"
Pr. Jean Trémolières, MD

Préface
Programme
Première Partie
Deuxième Partie
Troisième Partie
Quatrième Partie
Cinquième Partie

notes 1:
Préfac
e

Il y a trois temps de connaissance :
celui de la connaissance objective, instrumentale et logique, appelée scientifique;
celui de la connaissance sensible, psychosensorielle, produisant désir, plaisir, crainte ou dégoût; enfin celui de la connaissance évocatrice qui donne une signification globale, qui fait une unité d'expériences partielles. (*, 11)


notes 2:
Motivation et Programme ("Partager le pain")

A) Jean Trémolières motive son travail :

    J'ai vu deux fois, en 1940 et en 1968, mon pays s'effondrer en quelques jours... Comme vous, chaque jour, je reprends le travail et le ronron des affaires me dit que tout continue toujours... Comme vous, je garde au fond secret du cœur de grands désirs inassouvis. Rêvant à d'autres cieux, leur chaleur mystérieuse ne me fait que mieux sentir la platitude, le dérisoire ou les compromissions de ma vie quotidienne et du système.
    Mon métier est de soigner les femmes qui souffrent de ne pas se sentir belles, des hommes anxieux de perdre leur place au soleil des affaires... Bref, je suis médecin des maladies modernes, les maladies du "Savoir-Vivre" et du "Savoir-Faire". (17)
    Les études m'ont surtout servi à mettre en mémoire, sans les comprendre, des phrases et et des manières de penser. Mon travail m'a fait découvrir quelques évidences. Et ces évidences sont révolutionnaires.
    On ne mange pas pour obéir à une science édictant des standards. On mange poussé par le désir. Et ce que l'on devient du fait de ce qu'on a mangé, satisfait ou ne satisfait pas. La boussole biologique règle l'appétit, qui maintient le poids stable au long de la vie, alors qu'il suffirait d'une erreur systématique de 5% pour que nous pesions 300 kg à 60 ans. On aime mieux crever de faim que manger comme ceux qui pourraient nous asservir. (18)

    L'homme n'est pas un objet. Ce qu'il est et devient est totalement lié à ce qu'il mange, à ce qu'il fait. Si les sciences physico-chimiques ont construit la biologie actuelle, en revanche la biologie trace leurs limites. Si vous manger un quart en moins ou en plus, vous resterez toujours un homme; l'harmonie, le système unifié qui vous fait homme subsistera. Vous serez un homme de riz de 145 cm, ou un homme du lait, du sucre et du gras, ou un carnivore de 185 cm.
    A partir de ce qu'est le fait de manger, je compris qu'évacuer le désir et le plaisir, le symbolisme évocateur, réduire la nutrition à une science physico-chimique ne satisfaisait que des professeurs en chambre ; je pris conscience que notre temps, qui avait triomphé grâce à une conception physico- chimique de son univers, risquait d'en crever. Ne vivant plus qu'avec des mots objectivés, dans un univers informatisé, la vie réelle, les gestes quotidiens les plus élémentaires nous échappent. Même ceux qui auraient dû garder bien en vue que la conception physique de la connaissance n'était qu'un aspect de l'homme, un savoir-faire, se sont laissés corrompre. Perdant son langage, perdant la connaissance affective, les intuitions folles, l'homme risque de mourir de ce qui fit son succès. Il a trop mangé de physique. (19)

    Une industrie alimentaire qui ne s'occupait que de produire ce qui se vendait a maintenant à se soucier des besoins réels auxquels doivent correspondre les services qu'elle peut rendre. Une production qui tendait avant tout à accroître son capital disloque une société.
    Une médecine de spécialistes soignant par des drogues doit reprendre conscience que le malade a une réalité plus profonde, où le savoir-vivre, le comportement, la relation humaine, sont déterminants.
    Ces métamorphoses des métiers, de l'économie, des maladies, remettent en cause le sens même de la vie de l'homme. Les crises religieuses actuelles, qu'on voudrait limiter à des batailles sur la traduction des textes, les formes de la liturgie ou de la morale, les conditions de vie des clercs, les erreurs de la hiérarchie, dépendent en fait d'une situation infiniment plus vitale et plus large si l'on prend conscience de la dégradation  biologique de l'homme après l'énorme effort d'accouchement de la société scientifico-technique qu'il vient de fournir. (20)

    Les malades sont ceux qui portent le mal dans une société. Kierkegaard note qu'aucun changement sérieux dans la vie n'intervient qu'après un souffrance, la perception aiguë d'une soif, d'une faim.
    Les pauvres sont ceux qui ne se croient pas riches, qui savent donc la richesse de la faim, d'une certaine misère, d'une certaine folie ; que les réussites d'argent, de situation, sont des rideaux que l'on a tirés sur un réel qui fait peur.
    De la science, grandeur de l'homme, l'esprit de l'homme a fait une idole. Les professeurs, grands prêtres d'une instruction publique, en ont fait la machine à privilèges. Ils délivrent des diplômes valant échelle de salaire. (21)


B) Plan du travail :

    La première partie du livre est consacrée à la connaissance qui vient des tropismes, des désirs et des peines. C'est la connaissance émotionnelle, psychosensorielle, primitive. Celle qui précède l'intelligible. Celle qui gêne notre science, mais qui est toujours là. Avant que la science et la sagesse règlent la vie des hommes, la faim et l'amour l'animent.
   Rien ne commence et rien ne finit qui ne soit "affectif". Le savoir rationnel, qu'on apprenne à l'école, qu'on l'utilise dans son métier, ça n'a pas de couleur, c'est l'instrument d'un travail automatique, d'un travail d'esclave, indispensable, mais stérile s'il n'est pas animé d'ailleurs.
    L'anxiété qui me pousse, le désir qui m'appelle, la souffrance que je redoute ou la jouissance que j'espère, la peine, la maladie dont je voudrais sortir, la joie où je voudrais demeurer, voilà ce qui anime ma vie.
    Dans le schéma par lequel on peut se représenter le comportement alimentaire, le comportement verbal, le comportement sexuel, le comportement dans le travail, apparaissent toujours ces trois temps de la connaissance:
* la connaissance objective, instrumentale et logique appelée scientifique ;
* la connaissance sensible, psychosensorielle, produisant désir, plaisir ou crainte et douleur ;
* la connaissance évocatrice, celle qui donne une signification globale, qui fait une unité d'expériences partielles :  le sein et le visage qui le donne, le visage et le sexuel..., l'aliment et le type de production ou le prestige qu'il évoque.
    Cette connaissance symbolique (mettre ensemble) ou sacrée (reliante) n'existe pas sans les sensations et sans les objets qui lui donnent sont mouvement et son corps. Cela paraîtra évident à celui qui a gardé son bon sens. C'est curieusement révolutionnaire en notre temps.
    Le rôle de la connaissance sensible et symbolique, c'est dans mon métier de "biologiste" de la nutrition qu'il m'est apparu. (22)

    La deuxième partie concerne la Science, l'Intelligence, le Savoir. L'idolâtrie de la science en notre temps ne consiste pas à adorer la puissance extraordinaire de cette machine à connaître qu'est l'homme, mais à figer cette machine, à ne pas aller voir ce qu'elle est dans sa vie de tous les jours, à la formaliser,
    En considérant la science non pas comme les tables de la vérité, mais comme un fait biologique vivant, on a là un noyau, un point de départ qui, tout naturellement, conduit à prendre plus juste conscience de ce qui fait les crises dans tous les secteurs qui en dépendent : enseignement, relations commerciales, sociales, politiques, religieuses.
    Car c'est à partir de sa façon de connaître que l'homme fait sa société. Tout comme les sociétés de loups, d'éléphants ou de termites se bâtissent à partir de ce que sont les caractères propres de chaque espèce, l'homme, doué de mains, d'yeux et de la faculté de se représenter, bâtit la sienne à partir de ce qu'il appelle sa science et qui n'est en réalité, que la connaissance physique, certes fondamentale, mais qui ne vaut qu'associée à la connaissance sensible et à la connaissance intuitive. (24)

    La troisième partie constitue un aperçu sur l'évolution de cette science, la biologie. Née de la connaissance physico-chimique, elle l'a dépassée. Le temps y devient une histoire, orientée et non réversible. L'unité devient un ensemble de multiples facteurs interdépendants, la valeur quantitative de chacun dépendant de celle des autres. Le hasard y devient la recherche d'un modèle caché qui permettra de lui échapper un jour. La thermodynamique des systèmes organisés révèle une sorte de métaphysique où l'instant, l'action du hasard et du moment, est une tentative éphémère qui peut cependant dévoiler un modèle caché.
    La méthode est celle de la vie de tous les jours, où l'événement stimule la recherche d'une idée, d'une image intelligible, mais où il est clair que l'émotionnel et l'intuitif interviennent. (25)