Traduction CollaboPM.
Réf. Living History, Ont.

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Les Guerres en Amérique ont défini le Canada et les États-Unis. Le Régiment de Meuron européen y a joué un rôle important et la majorité de ses soldats s'est installée dans cette contrée pour s'y épanouir.

Le Régiment de Meuron:

De 1781 à 1795:

En 1781, la France participa à la création d'un nouveau régiment dans le canton suisse de Neuchatel et les environs. Le régiment était appelé "de Meuron" du nom de son commandant, le comte Charles de Meuron, né à Neuchatel en 1738 et ayant servi dans le régiment d'Erlach.

Le régiment servait la Compagnie hollandaise des Indes orientales, protégeant les colonies hollandaises, particulièrement au Cap de Bonne Espérance. Une base hollandaise était établie à cet endroit en 1652 comme dépôt de réserves pour les navires au long cours qui voyageaient entre l'Europe et les Indes. Pendant les années 1700, ce sont les colons hollandais, les Boers, qui vivaient au Cap de Bonne Espérance.

Le 7 janvier 1782, le régiment de Meuron débarqua au Cap pour repartir à bord du navire l'Hermione afin d'ajouter sa force à celle des Suffrens à Ceylan qui avait été soumis à la Hollande de 1665 jusqu'à la fin du XVIIIè siècle, alors que les Britanniques commencèrent à se déplacer vers l'est des Indes. Le régiment de Meuron participa, à Ceylan, à l'expulsion des Britanniques de Cuddalore, fortement assailli par le général britannique Stuart.

Après les batailles, le régiment de Meuron et le régiment français de Pondicherry se partageaient au Cap les tâches de garnison. Les duels étaient fréquents entre les militaires des deux régiments. Les tensions augmentaient entre les Suisses et leurs alliés Français, ainsi qu'entre les colons Anglais et Hollandais, au Cap de Bonne Espérance. Plusieurs hommes de Meuron désertèrent alors, incités à devenir ouvriers agricoles par les Boers hollandais. Les militaires de Meuron furent finalement secourus par le régiment de Wurtenburg, ce qui évita la disparition totale du régiment.

En 1786, le régiment de Meuron fut envoyé de nouveau à Ceylan, laissant 33 hommes au Cap. Ceylan était alors dirigé à Colombo par Van Angelbeek, gouverneur auquel obéissait le régiment, ainsi qu'au Colonel Pierre de Meuron, frère du Comte Charles de Meuron retourné en Suisse.

À quelques reprises durant cette période le régiment était « emprunté » aux Hollandais par les Français et les hommes servaient de marins à bord d’une flotte opérant contre les Britanniques.

Le 26 août 1795, deux compagnies du régiment de Meuron étaient faites prisonnières par les Britanniques à Trincomalee alors qu’ils se battaient à Ceylan. Après une faible tentative de résistance, la Hollande céda le Ceylan aux Britanniques. La Compagnie hollandaise des Indes orientales fit faillite et ne put payer ses troupes. Selon les traditions de l’époque, le régiment de Meuron joignit alors les services britanniques.

 

De 1795 à 1816:

Service dans l’armée britannique régulière : Régiment de Meuron de Sa Majesté.

Le transfert du régiment s’accomplit sous la direction de Henry Dundas, vicomte de Melville, ministre de la Guerre de la Grande-Bretagne, et de Hugh Cleghorn, professeur à l’Université St-Andrews et ami du comte Charles de Meuron.

L’affaire fut réglée avec la Compagnie hollandaise des Indes orientales et presque tous les 860 hommes de Meuron s’enregistrèrent dans l’armée britannique. Les arrérages d’hommes du rang devaient être payés et leur solde être la même que celle des soldats britanniques. À l’annonce du transfert, les prisonniers de Meuron à Trincomalee furent relâchés.

Le comte de Meuron recevait 4000 £ et obtint, comme son frère Pierre, le rang de Général dans l’armée britannique. À la reprise de Ceylan, Hugh Cleghorn recevait 5000 £ du gouvernement britannique et était nommé ministre de la Couronne de Ceylan.

Le vicomte de Melville Henry Dundas et le gouvernement britannique tentèrent alors de ne pas acquitter les paies dues aux hommes du régiment de Meuron. La majorité d’entre eux ne reçurent pas d’honoraires pour leur service hollandais avant 1796.

Aux termes de l’accord, finalisé en 1798, le régiment de Meuron fit enfin partie de l’armée britannique à part entière et consista en deux bataillons de cinq compagnies d’infanterie.

1799:

Campagne de Mysore.

Le régiment de Meuron rendit son plus important service à la Grande-Bretagne en 1799 sous le commandement de l’Honorable lieutenant colonel Arthur Wellesley (devenu plus tard Duc de Wellington).

Il y avait dans l’ouest et le sud de l’Inde deux puissances fortes et croissantes opposées à la Grande-Bretagne, celles de Maràthàs et de Mysore. Déjà, trois campagnes avaient eu lieu contre le sultan Tippu-Saib, maître de Mysore.

La troisième guerre de Mysore, dirigée par Cornwallis, dura de 1789 à 1792. Cornwallis avait cru avoir eu raison de Tippu-Saib. Wellesway décida de frapper d’abord Mysore, puissance militaire toujours imposante et ouvertement hostile.

Les Anglais prirent Seringapatan d’assaut le 4 mai 1799, action à laquelle le régiment de Meuron prit un part importante. Les fantassins se conduisirent avec bravoure; les premiers, ils franchirent la ligne de front, alors que la cause semblait désespérée. Le sultan Tippu-Said fut isolé et mourut durant la bataille. Les Britanniques se réjouirent de cette victoire totale inattendue. Le de Meuron perdit 80 hommes.

Wellington fit rapport de la conduite exemplaire des de Meuron. Malgré cela, les Indiens leur refusaient le respect accordé aux unités britanniques. Les sachant Suisses, ils les supposaient achetés comme esclaves. Wellington affirma que le régiment de Meuron valait les régiments britanniques pour le conduite, la discipline, et le savoir-faire militaire.

Le comte Charles-Daniel de Meuron retourna dans son pays peu après la prise de Seringapatam, abandonnant le commandement à Pierre-Frédéric de Meuron. Il mourut le 4 avril 1806.

Le régiment de Meuron resta en Inde jusqu’en 1806, et y participa à plusieurs campagnes.

De 1806 à 1812:

Campagnes de la Méditerranée et de la Péninsule.

En 1806 le régiment fut placé à la garnison de Malte en Méditerranée. Sa force avait été beaucoup diminuée par le départ des hommes en fin de service et des invalides. Pour cette raison, le régiment de Meuron était surtout assigné aux tâches de garnison en Méditerranée où Malte servait de quartier général aux troupes britanniques.

En 1798 Napoléon s’empara de l’Île, mais la présence française fut de courte durée. Le traité d’Amiens de 1802 remit l’Île à l’ordre militaire catholique romain appelé les chevaliers de Malte. La Grande-Bretagne gardait le contrôle politique de Malte qui connut sous leur gouverne de nombreux changements. L’économie devint dépendante des exigences britanniques concernant les installations militaires de l’île.

Les de Meuron, 35 officiers et 132 soldats, furent envoyés de Malte en Angleterre. Ils y furent postés dans l’île de Wright et à Lymington où se trouvait leur dépôt de régiment. Les compagnies de Meuron avaient été décimées pendant les guerres orientales. Elles furent restructurées en Angleterre en un régiment régulier, reconstitué et rééquipé. Elles n’y demeurent pas longtemps.

En 1809 on les dirigea de nouveau en Méditerranée pour rejoindre les régiments de Roll et de Watteville, deux autres unités suisses. Basé à Gibraltar, puis de nouveau à Malte, le régiment était gonflé par l’ajout de 500 recrues. Ils étaient pour la majorité des soldats suisses et allemands conscrits dans l’armée de Napoléon qui avaient déserté à la première occasion pour se joindre aux Britanniques. Quelques Italiens ont aussi sans doute rejoint les rangs de Meuron.

Le régiment de Meuron se battit en Espagne, pendant la guerre de la Péninsule, aussi appelée guerre de l’Indépendance par les Espagnols. Ils étaient à nouveau sous le commandement de Sir Arthur Wellesley qui avait été anobli avec titre Duc de Wellington, et qui commandait maintenant les forces britanniques dans la Méditerranée. Wellesley devait devenir un des rares généraux sans défaite dans l’histoire.

Les soldats de Meuron furent dirigés dans les batailles où Wellesley estimait qu’ils seraient les plus efficaces. Ils se retrouvèrent en Espagne, en Sicile et en Italie.

Pendant leur séjour à Malte en 1813, plusieurs recrues (*) fuyant devant Napoléon s’ajoutèrent aux rangs de l’armée. Parmi plus de 2000 soldats dans le régiment de Meuron de l’armée britannique, il y avait en 1813 environ 800 Suisses, 500 Allemands, 300 Hollandais et 200 Alsaciens. Les autres étaient surtout des Italiens et des Polonais, mais on y trouvait aussi des Autrichiens, des Espagnols et toutes les autres nationalités européennes. La majorité d’eux avaient rejoint le régiment de Meuron pour combattre Napoléon, plutôt que d’être conscrits dans son armée... et de combattre pour lui.

(*) Des documents récemment découverts indiquent que presque toutes les nouvelles recrues demeurèrent en Europe, probablement dans la Légion allemande du Roi. Les noms des hommes qui vinrent au Canada indiquent qu’ils étaient presque tous suisses, et quelques-uns allemands.

1813: Le Départ.

Le 4 mai 1813, à l’occasion du départ du régiment de Meuron, le lieutenant-général Oakes inscrivait au journal de la garnison l’expression de sa grande satisfaction à l’égard de leur conduite, de leur bravoure et de leur compétence militaire. Le régiment était en route pour le Canada où il allait participer à la guerre de 1812.

 

Le Corps Canadien des Voyageurs:

Le Corps original:

Pendant la guerre de 1812, l’invasion américaine aurait été malheureuse pour le Gouvernement Britannique et pour la Compagnie de Fourrures de Nord-Ouest.

En fin de juillet, les profits annuels totaux de la Compagnie du Nord-Ouest, dans les coffres de Sault Ste-Marie, auraient été ceux du commerce des biens et des fourrures. Dans l’île St-Joseph il y avait de grands entrepôts contenant des magasins d’armes, de poudre à canon et d’alcool. Si les Américains avaient acquis l’un de ces lieux, ils auraient eu le contrôle d’accès au Lac Supérieur et assujetti les avoirs britanniques en Amérique de Nord, avec résultat de ruiner la Compagnie du Nord-Ouest. Il y avait moins d’un jour de trajet entre Sault Ste-Marie et le fort américain Mackinac.

Il était évidemment avantageux pour la Grande-Bretagne et la Compagnie du Nord-Ouest de posséder le Fort Mackinac. En juillet 1812, une force de 180 Voyageurs, 300 Indiens et 45 soldats du 10è Bataillon Royal des Vétérans en garnison dans l’île St-Joseph, partirent pour le Fort Mackinac. Il fut vaincu le 18 juillet.

En octobre 1812, William McGillivray devenait lieutenant-colonel avec objectif de former une compagnie de Voyageurs grâce aux employés de la Compagnie du Nord-Ouest. Les officiers de ce nouveau corps militaire venaient des partenaires et employés gentilshommes écossais de la Compagnie du Nord-Ouest.

Le Corps se dissout en mars 1813 à Lachine, Québec, après avoir servi à St-Regis (23 octobre) et à La Colle (20 novembre) en 1812. La plupart des officiers et soldats de la Compagnie du Nord-Ouest retournèrent dans l’Amérique Britannique du Nord pour poursuivre leur emploi dans la Compagnie. Quelques-uns demeurèrent dans le Bas Canada et furent nommés à d’autres unités et tâches. Le plus notable d’eux était le major Archibald Norman McLeod.

Le major McLeod demeura officier d’état-major au Québec et comme lien entre le lieutenant-colonel MacGillivary et la Compagnie du Nord-Ouest. C’est pendant cette période que le major McLeod fit fort probablement connaissance du régiment de Meuron, à son arrivée en 1813.

Le Corps moderne :

Le Corps moderne consiste en un groupe de volontaires qui représentent l’histoire militaire du Canada pendant l’ère napoléonienne et la guerre de 1812.

Les membres du Corps moderne forment actuellement un groupe d’environ 40 hommes, femmes et enfants qui participent à quelques activités rehaussées par leurs « Red Coats ». Ils sont dispersés en Amérique et comptent des associés jusqu’au Manitoba et dans les états du Wisconsin et du Minnesota aux États-Unis.

 

Le Régiment suisse de Meuron en Amérique du Nord.

De 1813 à 1815:

En 1813, le régiment partit pour le Canada le 5 mai à bord des vaisseaux de Sa Majesté, le Melpemone, le Regulus et le Dover, avec un major, 6 capitaines, 20 lieutenants et enseignes, 54 sergents, 22 tambours et 1 001 hommes de troupe.

Il est aussi intéressant de noter qu’il y avait officiellement 28 femmes (épouses) et 28 enfants enregistrés sur le rôle du régiment.

Les officiers n’étaient pas tous sur les vaisseaux. Un rapport du groupement, daté de mai 1814, indique qu’il y avait encore plus d’épouses et d’enfants qui accompagnaient le régiment. Il se peut que Henri de Meuron-Bayard ait payé à part leur passage, comme son propre passage, puisqu’il était nommé dans le groupement sans l’être dans le registre du transport.

Il est aussi très possible que plusieurs des hommes trouvèrent leur épouse ici, au Canada, pour remplacer celle qu’ils avaient laissée en Europe. C’était l’habitude courante de l’époque.

Concernant les officiers, il y avait 28 Suisses, 11 Anglais et 5 Allemands. Parmi les Suisses, 9 étaient Neuchâtelois et 2 faisaient partie de la famille de Meuron : François Henri le lieutenant-colonel, et Charles César lieutenant de seconde classe qui sera promu lieutenant.

Il est certain que tout le régiment ne partit pas pour le Canada. Un grand nombre d’officiers et d’hommes demeurèrent en Europe. Des « lettres de transfert » furent envoyées par les officiers pendant les mois suivants. Plusieurs officiers et soldats furent sans doute transférés dans la Légion du Roi d’Allemagne et poursuivirent la guerre d’Europe contre Napoléon.

Le régiment d’Amérique était en garnison à Montréal et à Chambly pour la défense du Bas Canada. L’état-major du Québec était sans doute très satisfait d’avoir reçu un régiment de première ligne pour soutenir la milice canadienne aux abois. A cause de la priorité de guerre dans la Péninsule européenne, il y avait en effet très peu de troupes de l’armée régulière en Amérique du Nord.

1813 et 1814 :

Les campagnes de New York et de Plattsburg :

En arrivant au Canada, le régiment accueille plusieurs des Suisses qui avaient déjà combattu sous commandement du Régiment Royal Américain de la Grande Bretagne.

La réputation des Suisses n’était pas ignorée de ce côté de l’Atlantique. Ces officiers supplémentaires, parmi les francophones, avaient plus d’avantages en tant que protestants que la grande majorité de Meuron qui était catholique.

Jacques Prevost (de Genève), Henri Bouquiet (de Rolle) et Frederick Holdimand (de Yverdon) avaient aidé à l’organisation de défense du Canada. Ces trois officiers suisses avaient agit comme instructeurs au Canada, marquant la milice canadienne inexpérimentée aux principes de combat. Le capitaine C. Clais (de Berne), autre Suisse, inaugura les liaisons entre l’armée et la marine de Grande Bretagne.

Les Canadiens (aujourd’hui Québécois) refusèrent de s’associer au mouvement d’indépendance en Amérique et rejetèrent ouvertement les principes de la Révolution Française. Demeurant attachés aux principes du XVIIIè siècle, ils démontrèrent leur loyauté à la couronne britannique. Le peuple du Bas Canada acquit le droit d’appartenir au Dominion durant la guerre de 1812.

Dès le début des hostilités, le Canada était divisé en trois régions militaires sous les ordres du lieutenant-général Sir George Prevost : le Haut Canada autour du lac Ontario, le Canada Central et le Bas Canada dans la province du Québec. Prevost était Gouverneur du Canada et Officier Commandant, même si sa compétence militaire n’équivalait pas celle de son père.

Le régiment de Meuron avait comme tâche de défendre la vallée de la rivière Richelieu qui coule du lac Champlain pour se jeter dans le fleuve Saint Laurent. Il y avait plusieurs forts, construits par les Canadiens, le long du Richelieu.

On retrouvait William Henry à la bouche du Saint Laurent, les forts de Chambly, Saint Jean, et l’Île aux Noix où se trouvait le fort Lennox élevé au centre de la rivière.

Les Américains devaient avoir le contrôle de la vallée, clé pour accéder au Bas Canada. En même temps, une suprématie sur les lacs et les rivières, seules lignes de communication, signifiait la victoire d’une guerre dans l’est. Ce territoire avait déjà été terrain des batailles du Canada contre ses ennemis du sud : d’abord les Iroquois, puis les Anglais à la période de Montcalm, les Américains à la Guerre de l’Indépendance et, encore, les Américains à la Guerre de 1812.

La ville de Québec était bien fortifiée, mais les Canadiens devaient protéger Montréal, capitale du commerce. La sécurité de Montréal dépendait du maintien d’une ligne impénétrable entre Chambly et La Prairie sur le Saint Laurent, tout en pouvant aussi disposer de la puissante flotte américaine dans le lac Champlain.

Renforcé par les troupes de la milice canadienne anglaise, le régiment de Meuron défendit cette ligne. Le quartier général et le gros du régiment se trouvaient au fort de Chambly. Il y avait aussi de fortes concentrations de militaires à Saint Jean (encore aujourd’hui occupé par les forces canadiennes), à La Prairie et à Blaire.

Les Américains avaient déjà essayé à deux reprises, à La Colle, de briser les défenses canadiennes. Au second essai, en octobre 1813, ils avaient été défaits par une milice surpassée en nombre et appuyée par seulement deux compagnies de troupes britanniques régulières.

Malgré leur supériorité, leur invasion avait été repoussée à La Colle, au fort de l’Île aux Noix, et à Chateauguay. Les Canadiens commandés par le colonel Salaberry, au nombre de 500, surent tenir la ligne contre une brigade de troupes américaines régulières.

Les Américains se retirèrent à Plattsburg, au lac Champlain, où se trouvait leur quartier général et la base principale de leur flotte. Le problème devait devenir pour eux, non pas celui d’une invasion victorieuse du Bas Canada, mais de la défense de tout le nord des États-Unis.

Tout comme la vallée de la rivière Richelieu était la clé pour le Bas Canada, elle était aussi la porte d’entrée pour New York et pour le reste de la Nouvelle Angleterre. La milice canadienne était devenue une force armée professionnelle et compétente. Si les Américains avaient perdu Plattsburg, ils auraient perdu la guerre. Malgré l’incompétence du commandant britannique George Prevost, ce fut presque ce qui advint.

Les de Meuron passèrent à l’offensive au printemps de 1814.

Pendant l’hiver 1813-14, les hommes de Meuron retournèrent à Montréal. Laissant sur place un minimum de garnison, les troupes eurent la chance de goûter aux plaisirs de la plus grande ville du Canada.

Depuis vingt ans dans les tropiques et dans la Méditerranée, le régiment passa Noël sur une terre peu différente de leur foyer. Le 23 décembre, 7 musiciens du régiment jouèrent à Notre-Dame de Montréal. Ils gagnèrent 3 Louis et 10 shillings pour leur travail. Plusieurs des durs vétérans commencèrent à aimer le Canada.

Le repos d’hiver des soldats fut interrompu par l’alarme d’urgence. Le régiment entreprit une marche rapide sur le Saint Laurent gelé et bloqué par des montagnes de glace. Les hommes devaient couper leur chemin à la scie sous un froid perçant. Lorsque qu’ils retrouvèrent Chambly, ce fut pour apprendre que les Américains avaient de nouveau l’intention d’avancer vers le nord.

Heureusement pour eux, les Américains furent embêtés par le même type d’incompétence que les Britanniques avaient connu. Le général des Forces américaines hésitait et perdait l’avantage des mouvements de ses troupes. Il craignait de faire la même erreur qu’à la deuxième bataille de La Colle lors du mois d’octobre précédent.

La campagne devint un partie d’échecs : marches et contremarches d’un village à l’autre, chacun essayait de gagner son avantage sur l’autre. C’était le type de campagne que de Meuron connaissait, la stratégie préférée de son ancien commandant Arthur Wellesley, alors Duc de Wellington. Tout y était toutefois monotone et fatiguant pour les Canadiens.

Prevost devenait impatient et ressentait probablement son manque d’adresse dans ce type de guerre européenne. Quelques uns de ses soldats ne l’aidaient pas et peut-être craignait-il perdre son armée et sa réputation.

Pendant le mois de juillet, les Américains se mirent à installer et à consolider leurs positions à Niagara et autour du lac Érié. C’était le temps pour les Canadiens d’attaquer le lac Champlain.

Prevost disposait de 30 000 hommes dans le Haut et le Bas Canada. Cette fois les Américains auraient été dépassés en nombre et c’était le temps pour les Canadiens britanniques de passer à l’offensive. Une expédition maritime était préparée en août pour Washington, empêchant les soldats américains au sud de la Nouvelle Angleterre de défendre la capitale.

Prevost envoya une armée de 11 000 hommes entre le 31 août et les premiers jours de septembre. Ils marchèrent en deux routes parallèles le long de la rivière à l’ouest du lac Champlain. La colonne droite était sous le commandement du major général Power et de Rottenburg tandis que la gauche était sous le major général Brisbane. Cette dernière était formée par le régiment de Meuron et par le régiment des Voltigeurs québécois, deuxième brigade du major des brigades G. Campbell.

Le 4 septembre, l’armée rejoignit le village de Chazy. À partir de cet endroit les chemins étaient couverts d’arbres abattus tandis que les ponts étaient détruits par les Américains en retraite. L’avant-garde y était souvent attaquée par l’infanterie légère des Américains.

Le 6 septembre, les deux colonnes approchèrent de Plattsburg. La droite rejoint d’abord le village suivie de peu par la gauche. Face au nombre élevé des troupes canadiennes, les quelque 330 Américains, qui avaient harcelé sous le général Alexander Macomb les volontaires et la milice canadienne, refusent de combattre. Ils détruisent plutôt le pont Saranac qui divise le village au milieu et se retirent dans la citadelle de Plattsburg. En réalité, cette citadelle consistait en trois îlots de maisons protégées par des places fortes : Moreau, Scott et Brown.

L’armée canadienne entourait Plattsburg : Power et Rottenburg avec leurs chasseurs au nord-ouest et Prevost au centre. Quand le colonne de Brisbane arriva à gauche, Plattsburg n’avait plus qu’une voie d’issue, la baie de Cumberland. La flotte américaine de quatre vaisseaux et de dix canonnières (gunboats) était tout ce qui s’opposait aux Britanniques.

(Réf.) « The regiment de Meuron does not follow the way taken by the main army, but went to the left, expecting the cannon of Platzbourg in that direction and to fall on the main route on the shore of Lake Ontario (in reality, the Lake Champlain), which was occupied by the American fleet.
The regiment de Meuron meanwhile receive gun fire from the American fleet, but none hit, but two shots of cannon left the fort of Platzborg, to send two balls that ricochet upon the column without touching any personal; than all the regiment without command on to the right for themselves to repay into the forest to one point on the village; ... »
Charles de Goumoens, Lieutenant, HM Regiment de Meuron.

Cinq bataillons du major Wauchope participèrent à l’attaque de la partie basse du village.

(Réf.) « The village of Platzbourg, be divided in two parts by a brook; one wooden bridge connects these two parts; the regiment locates in the part of the village which we have the bridge of wood has been destroyed, ... »
Charles de Goumoens, Lieutenant, HM Regiment de Meuron

Dans son rapport au Ministre de la Guerre, le général américain Macomb mentionnait l’infanterie légère de Meuron qui lui avait causé de durs moments en tirant sans arrêt dans les fenêtres et les balcons, cherchant continuellement à occuper le pont.

En désespoir, Macomb avait ordonné, pendant le tir, d’incendier les maisons, espérant obliger de Meuron à reculer. Il avait échoué.

Les troupes anglo-canadiennes se préparaient pour une attaque combinée. Prevost ordonna à la flotte britannique d’attaquer le port. Sans vent du nord, la marine royale se vit cependant très désavantagée. Depuis quatre jours les hommes de Meuron avaient essuyé le feu ennemi de la citadelle. Tout venait des compagnies du flanc qui attendaient pour lancer l’assaut de terre.

Le matin du 11 septembre, finalement, une frégate, trois plus petits bateaux et une douzaine de canonnières (gunboats) de la marine royale tentèrent de pénétrer dans la baie Cumberland. Ce fut un désastre. Le commandant de la marine royale, Downie, fut tué lors des premières minutes de l’attaque. La flotte anglaise, avec peu de vent, devait manoeuvrer dans une entrée étroite, incapable de diriger ses canons sans entrer dans le port. Les bateaux américains étaient amarrés dans l’obscurité d’une demi-lune, tous leurs canons dirigés sur l’entrée de la baie. La marine royale essaya en vain pendant plus de deux heures et demie de pénétrer dans le port.

(Réf.) «Sunday 12 September arrives the English fleet coming to attack the American fleet, they form half moon line to wait... After a two hour combat, the English fleet gives back and prepares their colours, it is scattered. This action passes in front of the eyes of the Regiment De Meuron that will mount a frontal assault pending the naval combat, ... »
Charles de Goumoens, Lieutenant, HM Regiment de Meuron

Meuron-Bayard, qui voyait son avantage à tous les canons des forts américains dirigées vers le port, voulait ordonner à son régiment d’avancer. Prevost, qui hésitait, le retenait en arrière. Il voulait que la marine pénètre d’abord dans le port. Il était évident, même pour un jeune officier comme Charles de Goumoens, que c’était une erreur fatale.

Prevost donna finalement en retard l’ordre de briser les défenses de la citadelle américaine. La flotte détruite, les canons de la forteresse se retournèrent contre les assaillants de la semaine précédente. Il y avait maintenant peu de chance de contrôler le lac Champlain. Prevost avait manqué d’énergie et d’esprit de décision rapide. En limitant ses officiers suisses expérimentés, il avait perdu la campagne.

Il y eut plus tard beaucoup de critiques au sujet de sa défaite contre Macomb, et de l’attaque de Macdonough par la suite en Albanie.

Craignant, encore, une rumeur d’arrivée de renforcement américain, Prevost changea ses ordres en amorçant une retraite coûteuse qui commença dans la nuit des 11 et 12 septembre. Les canons américains étaient tous dirigés vers les troupes tenant en prise la base du village et les espaces voisins. C’était la position tenue par le régiment de Meuron. Les 12 et 13, l’artillerie fut retirée. Sans le feu de la batterie, les de Meuron furent à la merci totale des canons américains de la citadelle. Le reste de l’armée anglo-canadienne quittait, abandonnant de grandes quantités de munitions et d’articles, tout comme les blessés et le malades. Pendant la nuit des 13 et 14, la dernière unité britannique, les hommes du régiment de Meuron de Sa Majesté, furent les seuls occupants de la ville de Plattsburg.

(Réf. ) «Pending the night (of 13 and 14), we withdraw and our Regiment rests at last by covering the retreat... »
Charles de Goumoens, Lieutenant, Regiment de Meuron

Couverte par la compagnie légère du capitaine Frederic Matthey, frère du lieutenant tué à Deringapatam, et par le reste des autres compagnies du régiment de Meuron, la Grande-Bretagne quitta. On dit que Matthey avait défendu la ville pour permettre à l’armée de se retirer, et qu’il avait reçu l’ordre de commander les opérations difficiles de l’arrière-garde pendant la retraite.

Sous une pluie terrible, l’armée trempée reprit la route boueuse qu’ils avaient prise si facilement la semaine précédente. La plus grande partie de l’armée était fatiguée et mécontente du résultat de la campagne. Plus encore, les bateaux américains, maintenant libérés de la marine royale, avaient quitté leur port et bombardaient les Canadiens sur leur route de retraite : 22 hommes du régiment y furent perdus.

Finalement hors de la zone américaine, les soldats épuisés s’écroulèrent et ne se levèrent plus pour saluer lorsque le général des forces Prevost passait devant lui. Quelques Canadiens commençaient à se moquer de lui et même à le huer. Seul le régiment de Meuron fut l’exception. Habillé à l’ordre du jour, en ensemble de marche, sa conduite et son comportement fut sans reproche : les hommes se tenaient et se présentaient eux-mêmes. Les couleurs du régiment, sous l’ordre de sa majesté George III, reçurent l’honneur de cette campagne. Leur lance fut gravée: « 7-14 septembre 1814 à Plattsburg, couvrant la retraite de l’armée anglaise » . Il fut le seul régiment britannique à recevoir cet honneur de bataille.

La campagne de Plasttburg fit arrêter l’avance britannique en vue de New York. Prevost ne reprit jamais l’attaque et ce fut la dernière bataille majeure de la campagne de l’est. Ce fut l’unique engagement important du régiment dans la guerre 1812 qui marqua bien sa fin de carrière.

Sir George Prevost reçut de sévères critiques pour n’avoir pas su montrer assez d’énergie au cours de la campagne, particulièrement pour avoir ordonné une retraite accélérée. Ce fut sa fin. On réalisa qu’avant la fin funeste de l’attaque navale, il n’avait nullement raison de ne pas avoir essayé de prendre Plattsburg.

La guerre prit fin en Amérique du Nord, mais pas avant que les Britanniques et les Américains ne se fussent encore entre-tués, dans le delta du Mississippi. La paix avait été signée à Ghent le 24 décembre 1814. La bataille de New Orleans eut lieu au jour de l’an 1815.

Au terme de la guerre entre les États-Unis et l’Angleterre, le Canada vit, importante conséquence, se confirmer son désir de ne pas être intégré aux États-Unis.

La nouvelle officielle de paix parvint au Canada au milieu de février 1815 et le régiment retourna à ses vieux quartiers de Saint Jean, Chambly et Montréal. Quelques hommes furent aussi envoyés dans la région de Burtonville.

Les nouvelles arrivaient tous les jours d’Angleterre. L’armée britannique fut diminuée et le régiment ne recevait plus de propositions de tâches supplémentaires. Il devait être fragmenté avec offres aux officiers et à leurs hommes de s’établir en tant que colons au Canada.

Le régiment avait déjà reçu, le 9 janvier 1814, l’offre d’une possibilité d’engagement dans la milice canadienne.

(Réf.) « We must thank you Lieutenant-Colonel de Meuron-Bayard, for your assistance and good wishes we bestow to the non-commissioned officers of his regiment, for presiding over your instructions, ...»
P. de Boucherville Lieutenant-colonel

Finalement, le 11 mai 1816, les ordres de débarquement (« debarkation ») du régiment étaient reçus.

(Réf.) «The officers, non-commissioned officers and soldiers that desire can settle in Canada, ...»

343 officiers, officiers sans pouvoir et soldats, acceptèrent l’offre de s’établir au Canada, au sein de la « Colonie du Rideau à Saint Thomas ». On leur garantissait une terre : 1200 âcres pour le lieutenant-colonel, 1000 pour un major, 600 pour un capitaine, 200 pour un sergent et 100 pour un soldat, avec reconnaissance de deux mois en salaire.

Aux 343 militaires, 79 épouses et à peu près 30 enfants s’ajoutèrent au tableau du régiment, probablement amenés d’Europe pour rejoindre leur mari au Canada.

Les autres, 27 officiers, 37 sergents, 32 caporaux, 7 tambours et 232 soldats selon les listes officielles, quittèrent Québec le 31 juillet 1816, à bord du navire de garde navale Alexia. Ils arrivèrent à Spithead le 9 septembre, puis à Harwich le 15 suivant.

Le régiment de Meuron de Ses Majestés fut dissout le 24 septembre 1816, sous présence du lieutenant-colonel F.H. de Meuron-Bayard, du lieutenant Chs.-C. de Meuron, et d’autres officiers.

Les invalides furent transférés à l’Hôpital Royal de Chelsea et c’est alors que le régiment fut conduit à Lymington d’où les hommes embarquèrent pour l’Europe. Les officiers reçurent une paie de deux mois. Les officiers sans pouvoir et les soldats eurent un passage gratuit jusqu’au continent, en plus de 28 shillings, leur uniforme, pardessus et sac à dos.

Les documents indiquent que les officiers du régiment qui prirent leur retraite, recevant demi-paie, étaient au nombre de 38 en 1817, 32 en 1830, 11 en 1840 et 7 en 1850. Le dernier enregistré fut le capitaine A. Dardel qui reçut sa moitié de paie jusqu'à sa mort, en 1863, 82 ans après la naissance du régiment par Henri de Meuron.

 

Structure du Régiment dans l’armée de Grande-Bretagne en 1812 :

Structure du régiment :

Un régiment britannique est habituellement commandé par un colonel, ou par un lieutenant-colonel en campagne. On y trouve aussi deux majors, chacun dirigeant une moitié du bataillon, de gauche ou de droite. Les hauts quartiers du régiment consistent en un personnel de lieutenants et d’enseignes pour transmettre les messages, en plus de tambours pour envoyer les signaux aux officiers de compagnies. Les couleurs du régiment sont encore toujours gardées disponibles. Elles sont tenues par deux officiers juniors et ont une garde distincte de trois sergents sous la direction du sergent-major du régiment. Ce dernier peut aussi assumer des tâches d’officier en campagne.

Un régiment typique était divisé en compagnies d’environ 90 hommes. Chaque compagnie était commandée par un capitaine et un lieutenant, en plus d’un ou deux enseignes. L’officier de compagnie avait aussi deux tambours pour transmettre les signaux. Les enseignes étaient des officiers en entraînement, comme les cadets officiers ou seconds lieutenants d’aujourd’hui.

 

Les compagnies de ligne :

Le régiment de Meuron était composé de dix compagnies. Huit d’entre elles formaient les compagnies de « bataillon » ou de « ligne ». Elles étaient la fameuse « Ligne Rouge Légère ».

Les compagnies de ligne constituaient la colonne vertébrale du régiment. Les hommes s’y tenaient épaule à épaule et livraient un feu de section désastreux qui décima ainsi les colonnes française et américaines. Au lieu de tirer en un rang complet, les compagnies étaient divisées en plusieurs sections. Chacune était sous le contrôle d’un sergent qui transmettait les ordres de l’officier de la compagnie. Une section de vingt hommes tirait ensemble, ensuite une section de ligne suivante tirait, puis une autre, continuellement. Pendant que la dernière section de ligne du bataillon avait tiré, la précédente avait rechargé et le modèle recommençait. Selon cette méthode, les 32 sections de ligne du bataillon pouvaient tirer le nombre incroyable de 2 500 coups de feu à la minute sur un front de cent verges (plus de 90 mètres). C’était l’équivalent de cinq mitrailleuses browning .30 ! La garde impériale de France avait littéralement marché sous une pluie continuelle de plomb à Waterloo. Ils n’avaient jamais connu de phénomène semblable en Europe de l’est.

Les compagnies de flanc :

Les deux autres compagnies s’appelaient « de flanc » ou les « ailes du régiment ». On y trouvait la « compagnie de grenadiers », à gauche, et la « compagnie légère », à droite.

La « compagnie de grenadiers » était totalement équipée mais cessa d’utiliser les grenades vers 1812, quoique quelques unes avaient encore été lancées pendant la campagne de Niagara. Les ennemis tentèrent de tuer autant de grenadiers que les morts qu’ils avaient subis par eux. Malgré tout, les grenadiers accomplirent leur rôle traditionnel de « troupes de choc » ou de « troupes d’assaut », avec surplus d’armes et de détermination.

La « compagnie légère » était encore utilisée dans son rôle traditionnel d’éclaireurs et d’escarmouches. En 1812, les deux compagnies s’entraînèrent réciproquement pour jouer chacune les mêmes rôles. À cette fin, les hommes du flanc étaient choisis pour leur intelligence ainsi qu’à leur habileté à penser et comprendre les ordres compliqués.

En défense, les ailes servaient d’écran au bataillon. Elles créaient des escarmouches à leur ennemi qui avançait, soulevant leurs officiers par les coups les mieux dirigés. Travaillant souvent par paires, elles essayaient de canarder les colonnes ennemies avant de rejoindre le sein de leur bataillon. On avance qu’elles utilisaient des barrières, arbres, fossés et n’importe quoi pour se couvrir et préparer des embuscades envers l’ennemi à son insu.

En attaque, les hommes d’ailes formaient des chaînes et colonnes de sections. Ils avaient appris à utiliser la baïonnette comme arme contre les hommes, plutôt qu’en tant du moyen traditionnel de défense contre le cavalerie. Inutile de préciser, les accidents dans les flancs étaient nombreux ! Toutefois les hommes des ailes étaient considérés comme les « Gars Glorieux ! » dans un régiment.

Structure des rangs d’hommes de troupe :

Rang Niveau Commandement
1 - Général  + haut rang d’armée plusieurs divisions
2 - Lieutenant Général 2è haut rang d’armée une division
3 - Major Général 3è haut rang d’armée petite division
4 - Brigadier  dernier rang d’armée brigade = 2, 3 régiments
5 - Colonel   + haut rang de régiment un régiment
6 - Lieutenant Colonel 2è rang de régiment un bataillon
7 - Major dernier rang de régiment ½ bataillon
8 - Capitaine + haut rang de compagnie une compagnie
9 - Lieutenant 2è rang de compagnie 2è chef de compagnie
10- Enseigne (apprenti 16-17 ans) dernier rang de compagnie ne commande pas

 

La Guerre Américaine de 1812:

Le Canada et le Nord-Est des États-Unis, vers 1812 
       
      upperCanada1812.jpg (61266 octets)

Map courtesy of Ontario Ministry of Culture and Tourism.

Origine de la guerre :

Dans les annales de l’histoire mondiale, la guerre qui éclata en Amérique en 1812 fut éclipsée par la grande lutte entre l’Angleterre et la France en Europe. C’était une guerre mineure mais elle demeure un des événements les plus importants de l’histoire aux yeux des Canadiens.

Les causes majeures citées par les États-Unis lors de la déclaration de guerre en 1812 était que l’Angleterre avait violé la neutralité américaine et le territorialité de leurs eaux, bloquant l’accessibilité de leurs ports aux navires des pays neutres et incitant les Indiens du lac Michigan à résister aux installations blanches.

Pour les canadiens, cependant, ce n’était qu’une tentative américaine criante pour prendre possession du reste des colonies britanniques en Amérique du Nord.

Causes du conflit :

Sans être définitivement explicatifs, quelques incidents et événements contribuèrent chez les adversaires à provoquer la guerre.

D’abord les États-Unis n’étaient que virtuellement neutres. En réalité, il y avait toujours de fortes ententes entre la France et les États-Unis. Les Français encouragèrent de leur mieux les américains à se joindre à la guerre contre l’Angleterre. Les hostilités entre les États-Unis et l’Angleterre auraient diverti les troupes de la péninsule d’Espagne où le maréchal Soult était fortement combattu par Wellington.

De même Napoléon devait négocier avec les Américains afin de poursuivre sa guerre de conquête en Europe. La marine royale surveillait mal à cette époque les bateaux marchands soupçonnées de transporter de la marchandise en France. Son obstruction ne visait pas les États-Unis mais la France. La seule façon de renforcer son blocus devait se faire alors près des rivages, sur les ports et dans les entrées. Il ne faut oublier que les navires ne pouvaient alors surveiller que des surfaces visibles. Les fuyards avaient donc beau jeu.

Citoyens américains arrêtés et pendus ! Le public scandalisé !

Quoique l’armée britannique ait prospéré en une organisation de volontaires, la marine royale était surtout formée d’hommes forcés à s’enrôler. Malgré les volontaires, la majorité évitait une carrière maritime dure, restrictive et très harsardeuse.

Le capitaine de tout navire de la marine royale avait droit de décréter la conscription des hommes dans tous les ports britanniques pour son équipage. Presque tous les groupes conscrits avaient été trouvés dans les cabarets et bordels. Inutile de préciser le cauchemar des hommes qui dégrisaient à bord d’un bateau déjà au large.

Les désertions étaient très nombreuses. Il était impossible de quitter le bateau en mer mais plusieurs s’enfuyaient lors des mouillages aux ports, particulièrement en Amérique du Nord et dans les Caraïbes. Tout ce qu’un fuyard devait faire était de disparaître avant de se présenter à un employé de bureau gouvernemental aux États-Unis.

Sur place, il n’avait qu’à se déclarer citoyen américain, faire serment d’allégeance, et recevoir son certificat de citoyenneté. Il n’avait même jamais à prouver son identité. La majorité des hommes donnaient de faux noms et passaient. Ça ne dérangeait cependant pas les États-Unis puisque le pays était jeune et qu’aucune politique moderne d’immigration n’avait été établie. Quiconque le désirait pouvait devenir citoyen américain . ( * )

Il ne fallait que du temps pour que ces hommes, marins par profession (by trade), n’embarquent sur les vaisseaux marchands américains. Plusieurs de ces bateaux furent recherchés et arrêtés par la marine royale qui participait au blocus contre la France.

Quand les déserteurs étaient découverts dans les équipages, ils étaient immédiatement arrêtés. La désertion de la marine royale n’était pas traitée légèrement et tout capitaine de bateau avait droit de pendre un homme pour ce crime. Tous ne furent cependant pas pendus. Plusieurs reçurent une sentence de mort mais ne furent pas exécutés. Ils furent simplement forcés aux travaux de l’équipage. Les marins d’expérience étaient rares et les capitaines pas assez fous pour perdre une ressource de valeur. Quand le bateau approchait de terre, les hommes condamnés étaient enchaînés pour éviter qu’ils ne sautent afin de nager jusqu'au sol.

Il était évidemment de bonne presse pour les lobbyistes en France et aux États-Unis d’encourager le public à la guerre contre l’Angleterre. Du point de vue britannique, la marine royale ne faisait qu’exercer son droit d’arrêt des déserteurs qui était sujets de Sa Majesté le roi George et membres de la Marine Royale. La réponse officielle du gouvernement des États-Unis ne pouvait être qu’ils étaient Citoyens Américains.

Tout ceci fut d’ailleurs compliqué par le « Triangle d’or » et la position officielle de l’Angleterre sur l’esclavage.

Le Triangle d’or :

La couronne était officiellement contre l’esclavage qui n’était « ni pardonnée ni permise à aucun des sujets de Sa Majesté ». Une multitude de marchand britanniques faisait cependant fortune dans le Triangle d’or : de l’Europe à l’Afrique, puis à l’Amérique avant le retour en Europe. Des articles de faible valeur, produits massivement par une Angleterre récemment industrialisée, étaient échangés en Afrique pour des esclaves. Des Arabes marchands d’esclaves avaient préparé des raids dans l’intérieur du continent pour amener leurs captifs à la côte afin d’effectuer leurs échanges.

Les bateaux d’esclaves les transportaient en Amérique, aux îles des Caraïbes ou au sud des États-Unis, où ils étaient vendus. Les bateaux étaient alors chargés de fourrures, de coton, de tabac et, particulièrement, de sucre. Le sucre brut rapportait de gros profits en Angleterre comme en Europe. Rares auraient été les marchands d’accepter d’abandonner des profits colossaux à réaliser.

La majorité de ces gens étaient sujets britanniques et, malheureusement, tout capitaine britannique qui aurait été pris à transporter des esclaves aurait vu son navire confisqué, son équipage poursuivi et reçu une sentence de pendaison. Les marchands de Londres résolurent le problème. Ils déménagèrent en Nouvelle Angleterre et devinrent citoyens américains. Leurs bateaux pouvaient de plus voguer maintenant sous bannière américaine. Ils cessaient d’être des marchands britanniques défiant la loi britannique, mais devenaient de fiers américains participant à la construction d’une nouvelle nation ! Faisant fortune en poursuivant leur commerce ! ( * )

Mais il en fallait plus pour duper la marine royale. Les Anglais cherchèrent partout et arrêtèrent les navires ayant changé de bannière. Après tout, les livres d’enregistrement Lloyd’s leur montraient qu’ils étaient navires britanniques et non américains ! L’indice de drapeau flottant à la poupe importait peu à ce moment, l’important était plutôt la prime d’argent remise au capitaine et à son équipage de marine royale qui avait capturé les négriers. Il ne restait plus au gouvernement américain qu’à reconnaître la faute commise par ses citoyens.

(*) Ces cas furent réglés par Thomas Jefferson et James Madison qui opposèrent clairement au Congrès américain les Actes d’Alliance et de Sédition : Tout individu qui demande sa citoyenneté aux États-Unis doit y avoir résidé pendant 14 ans. Pour créer un gouvernement ouvert, ils avaient fourni la méthode dont avaient besoin les gens pour devenir américains.

La traite des fourrures :

Comme leurs semblables sur mer, les marchands de la traite de fourrure faisaient de considérables profits. La compétition y était cependant très dure. Beaucoup d’incidents se produisaient, souvent au nom du patriotisme ou de la loyauté, mais la piraterie n’était pas rare.

Trois compagnies majeures participaient à la traite de fourrure. La plus ancienne et mieux établie était la Compagnie de la Baie d’Hudson. La plus audacieuse et lucrative était la Compagnie du Nord-Ouest. Toutes deux étaient britanniques. La CBH opérait entre l’Angleterre et l’Amérique du Nord par bateau, liant ses installations de York à la baie d’Hudson. La CNO était basée à Montréal et utilisait les cours d’eau pour déplacer la marchandise à l’intérieur du continent. La troisième compagnie était la Compagnie Américaine des Fourrures qui utilisait le Mississippi.

La CNO, la plus dynamique, était écossaise et regroupait plusieurs compagnies en une seule pour vaincre le monopole de la CBH. Toutes deux se servaient de la méthode du « Nous sommes ici ! » pour leur commerce avec les Indiens. Elles se rendaient le plus loin possible pour y installer leurs magasins. Les indiens, qui désiraient de nouveaux articles, pouvaient le faire chez eux plutôt qu’à se rendre aux banques du Mississippi ou de la Rivière Churchill.

C’est la CNO qui rejoignit les sites les plus éloignés. Elle établit des postes de commerce permanents en l’Amérique. Les Indiens ne devaient plus franchir de longues distances, traversant souvent les territoires des tribus rivales, pour acheter leurs pots, couteaux, haches et fusils. On trouvait ces postes partout en Amérique du Nord, jusqu'à l’océan Arctique au nord, l’océan Pacifique à l’ouest, et le Mexique au sud. Le plus grand de tous était ouvert dans le district d’Athabasca, sur la côte de l’océan Arctique. Tous ces postes de commerce avaient leur siège au quartier général intérieur, à la tête des Grands Lacs.

Le traité de Paris de 1783 modifia la structure des compagnies. Les terres d’Amérique furent séparées entre les États-Unis et la Grande Bretagne. La CNO retrouva ses quartiers généraux intérieurs au Grand Portage, territoire américain. Ils durent déménager environ 40 milles plus au nord en utilisant le Grand Portage. C’était la voie la plus rapide facile pour rejoindre les Grands Lacs aux rivières de l’intérieur. Leurs coûts de construction d’un nouveau fort, à la bouche de la rivière Kaministqua, furent élevés. Ce devait être pour la CNO : le déménagement ou l’imposition de deux taxes, aux gouvernements britannique et américain. Les partenaires de la compagnie choisirent le déménagement mais refusèrent une part du commerce à l’intérieur de leur territoire aux États-Unis.

Le grand conflit :

Aucune des Compagnies ne voulait que les américains s’étendent à l’ouest. Même John Astor, qui contrôlait la CAF, s’y opposait puisqu’il savait que ce serait la mort d’échange des fourrures.

Les Indiens :

L’ultime désir des commerçants était la colonisation blanche.

On savait que les colons blancs auraient apporté des fermes modernes, des écoles et des églises dans leur vie naturelle. Aussitôt que les Indiens auraient découvert qu’ils vivraient plus facilement en fermiers qu’en trappeurs de fourrure, ils auraient abandonné la chasse aux fourrures. Avec les écoles, il y aurait une meilleure compréhension de l ‘économie européenne par les Indiens et conséquemment diminution des profits pour les compagnies. Avec les églises et missionnaires, il y aurait perte des pratiques traditionnelles indiennes, ce qui contribuerait encore au déclin d’une société de chasseurs dont dépendait la traite des fourrures.

Le peuple indien était pris dans une lutte qui aurait changé à jamais sa culture.

Les tribus démontraient déjà les effets de la technologie européenne. Après l’introduction des maladies transmises par les Espagnols aux 15è et 16è siècles, elles commençaient à récupérer, mais très lentement.

Les biens d’échange des Anglais et des Français lors du 18è siècle avaient augmenté la prospérité des tribus au-delà de leur imagination. Des haches d’acier, des casseroles de fer et des armes à feu sûres nourrissaient les familles plus facilement que jamais. La population indienne augmentait.

Qui se bat contre qui ?

Il y avait en Amérique du Nord, en 1811, beaucoup d’adversité  : CBH vs CNO vs CAF vs colons américains vs Indiens.

Chacun était en compétition contre chacun et essayait d’opposer les groupes entre eux.

Les traiteurs de fourrure s’accusaient mutuellement de piraterie et demandaient des garanties d’arrêt et de punition pour ceux qu’ils accusaient.

La CNO était en guerre contre la CBH pour la traite de biens en Angleterre. Les deux s’étaient étendues autour du monde afin d’offrir aux Britanniques le plus de biens de luxe en échange d’une masse de produits envoyés par bateau en Amérique.

La CAF se sentait prise puisqu’elle ne pouvait être compétitive pour le commerce en Europe. L’Angleterre était en révolution industrielle et sa production manufacturière avait dépassé tout autre producteur.

Les traiteurs de fourrure poussaient les Indiens à résister aux colons qui blâmaient à leur tour ces opposants de leurs troubles.

Les Indiens voulaient traiter avec la CNO qui les payait mieux, mais le gouvernement américain les en empêchait.

Ce qui signifie Guerre !

Les résultats furent inévitables lors que John Astor prit la décision de s’impliquer dans la guerre de l’Angleterre.

Si l’Angleterre était victorieuse, les Américains n’auraient pu envoyer de colons dans les terres et sa traite de fourrure aurait pu se poursuivre. S’il ne s’impliquait pas dans la guerre et avait laissé les compagnies du NO et de la BH y être engagées, le coût de la guerre aurait entraîné des dettes pour elles, ce dont il aurait été avantagé.

Si les États-Unis avaient gagné, ce dont il doutait, il se serait servi de ses influences pour bannir les traiteurs britanniques du territoire américain.

Il aurait aussi pu essayer de contrôler la colonisation des terres en ayant été nommé gouverneur en colonisation. En réalité, il estimait que jamais ne se serait produite cette perspective.

La guerre d’intérieur en devint une de pillage et de razzia. Aucun objectif militaire n’était visé dans les terres, sauf les forts américains Makinac, Dearborn, et Prairie du Chien. Il ne restait que les fermes des colons, les postes de fourrure et les villages indiens à combattre.

Ce fut ce qui sut établir le ton d’expansion américaine dans les terres pour le siècle suivant.

Les Indiens devinrent finalement les plus grands perdants. Ils ne purent faire cesser la vague de colonisation ou l’influence de culture et d’économie des Européens. Ils se rangèrent avec les Britanniques, vainqueurs de guerre, mais perdants de paix, à la table du traité.

L’Est, le Canada et la Nouvelle Angleterre :

La guerre était plus significative pour les habitants de la Nouvelle Angleterre, du Bas et du Haut Canada, que pour tout autre citoyen de la Grande Bretagne, de l’Europe, ou du reste des États-Unis.

On trouvait dans la partie touchée d’Amérique trois groupes principaux : les Américains de Nouvelle Angleterre, les Canadiens du Bas Canada qui étaient des royalistes français par héritage, et les Loyalistes d’Empire Uni du Haut Canada qui groupaient Britanniques et tribus alliées britanniques. Il y avait aussi des colons américains qui avaient choisi l’Angleterre plutôt que les États-Unis lors de la révolution.

Les Américains :

Les Américains se considéraient comme des libérateurs, sauvant les Québécois (Bas Canada) de la tyrannie de la couronne britannique.

Plusieurs croyaient qu’ils devaient être embrassés après avoir montré aux Canadiens la valeur de leur système républicain. Plusieurs croyaient aussi que les Loyalistes d’Empire Uni avaient fui en emportant tout et qu’ils auraient du être pris et pendus en tant que traîtres par le gouvernement américain.

En général, toutefois, la majorité américaine croyait simplement ce qu’ils avaient entendu à propos des atrocités britanniques sur terre et mer. Ils sentaient qu’ils ne faisaient que leur devoir patriotique.

Les Canadiens :

Les Canadiens étaient nés avec un héritage de monarchie absolue sous la couronne française. Les racines de leur culture plongeaient dans le système féodal établi par l’Église et la monarchie française en Nouvelle France. La vie sous la couronne britannique était dirigée par la grande charte (Magna Carta) qui était beaucoup plus souple. Les Canadiens ne voulaient pas de la nouvelle république en voyant ce que le règne de terreur faisait vivre à la France. Ils la rejetèrent.

Le Canadien moyen vivait plus à l’aise que son cousin de France et ne désirait pas changer sa situation.

Les Loyalistes de l’Empire Uni :

Les Loyalistes d’Empire Uni étaient principalement des sujets britanniques qui avaient rejeté l’indépendance des États-Unis. Ils furent forcés à quitter les États-Unis, la plupart sans plus qu’avec les vêtements qu’ils portaient.

Quelques uns des plus chanceux purent vendre leur propriété aux États-Unis, quoiqu’avec perte, avant que les comités de sécurité des États-Unis ne les confisquent.

Les deux principaux groupes de Loyalistes d’Empire Uni s’installèrent en Nouvelle Écosse et dans le Haut Canada (Ontario). Inutile d’expliquer l’amertume qu’ils éprouvèrent après leur expulsion par un gouvernement fondé sur l’égalité et la justice pour tous.

La campagne de New York :

La campagne donna des résultats en zigzag dans New York. Aucune bataille ne fut décisive. La tentative au Québec des Américains échoua tout comme l’Angleterre perdit sa bataille de Plattsburg.

Des deux côtés on en arrivait à pointer du doigt les généraux d’état major. Les Américains amenèrent même en cour martiale quelques généraux après la bataille de La Colle et celle de Plattsburg.

Madison essaya de couvrir les erreurs par ses interventions, mais trop tard. Les Américains furent rapidement désillusionnés et leur support à la guerre tomba après Plattsburg et l’incendie de Washington.

La campagne de Niagara :

La campagne de Niagara fut différente.

Les Américains contrôlaient la péninsule Niagara. Ils séparèrent Amherstburgh et le Lac Érié..

La CNO put seulement sauver les terres et territoires du nord en maintenant une voie d’approvisionnement par la Rivière Française jusqu’au Lac Huron.

Mais les Britanniques perdirent leur contrôle de ce qui est maintenant le sud-ouest de l’Ontario. Leurs victoires initiales à Détroit et Mackinac étaient devenues inutiles. L’objectif du Haut Canada était d’occuper Niagara.

La campagne fut implacable, comparable à celle de la péninsule d’Espagne. L’armée américaine s’y appliquait, considérant que c’était son meilleur espoir de succès, en y concentrant les embuscades par la milice et les Mohawks.

Le pillage et la revanche de la milice exacerbait la brutalité des soldats américains.

L’occupation de Niagara fut la honte de la majorité américaine et presque tout de cette campagne fut tu par accord commun dans les rapports officiels de l ‘époque.

Bilan :

En somme la guerre n’aurait jamais dû être entreprise puisque motivée par les marchands et la cupidité.

Elle était éloignée du patriotisme et de la fierté nationale. Les État Unis ne gagnèrent aucun territoire qui ne leur ait été cédé au traité de Paris.

Le gouvernement britannique la plaçait au second plan pendant son combat contre Napoléon. On ne lui laissa jamais de priorité ou d’intérêt important au ministère de guerre à Londres.

Il y avait corruption et méfaits des deux côtés et à tous niveaux. Le leadership et le ministère militaire des deux adversaires avaient fait preuve d’incompétence.

Les habitants de ce sont maintenant le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota furent négligés. Plusieurs d’entre eux combattirent pour la Grande Bretagne dans le régiment d’Assaut du Michigan, avec les Volontaires du Mississippi et le 10è régiment Royal des Vétérans.

Ils furent obligés d’acquérir la citoyenneté américaine ou encore de migrer dans un territoire contrôlé par les Britanniques. Pour plusieurs ce fut trop et ils cédèrent aux pressions. Ils devinrent Américains parce qu’ils le devaient, non parce qu’ils le désiraient.

Pour la majorité, ce fut une autre migration. Dans le Nouveau Brunswick actuel vivent les descendants des Acadiens de la vieille Louisiane qui s’appellent maintenant les Cajuns.

John Astor réalisa quelques uns de ses souhaits et quelques unes de ses pires craintes.

L’Angleterre acquit le contrôle de la voie du Mississippi du nord. Pendant trois ans elle cessa sa traite de fourrure.

La CNO et la CBH furent sur le point de disparaître après la guerre. Elles survécurent mais pas de bon cœur.

La CAF ne récupéra cependant jamais. En 1834 John Astor fut chassé de la traite des fourrures et du courtage.

Les Vainqueurs ?

S’il y avait un vainqueur dans la guerre de la traite de fourrure, c’était peut-être la CBH.

En 1864 la traite des fourrures était éteinte. Le Fort Williams était abandonné en faveur d’un nouvel endroit de traite, 5 milles plus au nord. Le Port Arthur présentait un port naturel et le colonel Dawson choisit le site pour débuter la construction de la première route dans les terres du nord américain.

Aujourd’hui nous pouvons toutefois encore aller dans un magasin de la Baie d’Hudson du Canada et acheter une couverture identique à celles qui étaient offertes aux indiens il y a 200 ans.

L’armée américaine quitta Niagara, faute de nourriture et d’équipement. La milice canadienne les avait déjà mis hors d’état.

L’unique bataille prolongée de la guerre de 1842 fut le siège du Fort Érié. Les britanniques y subirent d’énormes pertes et ne capturèrent jamais le fort avec succès. Ce fut un traitement de famine qui entraîna à lui seul le départ des américains de cet endroit.

La pire défaite de l’époque fut l’incendie de Washington. Les américains perdirent tout support à la guerre après cet échec.

Leur seule victoire décisive dans les champs, venue trop tard, fut faite en Nouvelle Orléans en janvier 1815. La bataille se produisit en effet après le traité officiel signé à Paris. Les dépêches étaient trop lentes pour rejoindre les armées ennemies et les mettre au courant de l’entente.

À la fin du XXè siècle, plusieurs jeunes Américains n’ont encore jamais entendu parler de la guerre de 1812. Vers 1960, elle est réduite à une chanson folklorique par Johnny Horton, grâce à un film fantaisiste anti-britannique tourné par Errol Flynn au sujet du pirate Jean Lafitte.

S’il y avait un vainqueur, c’était le Canada.

Hors de la campagne de Niagara, le Canada découvrit son premier héros national, Isaac Brock qui mourut à la bataille de Queenstown Heights.

Le monument de Brock s’élève aujourd’hui près des chutes de Niagara, en Ontario. Le prince de Galles, lors de sa visite au Canada en 1860, avait noté qu’il était plus grand et magnifique que la colonne de Nelson à Londres.

À la perte du combat de Brock, les Canadiens étaient laissés entre les mains de généraux que Wellington rejetait de son équipe en Europe.

La guerre renforça chez les Canadiens leur désir d’identité nationale, ce qui se traduisit, peu après, par la Confédération de l’Amérique du Nord Britannique, suivie par la création d’un nouveau pays, le Dominion du Canada.

Il fallut 70 ans avant que les Canadiens ne s’entendent avec leurs voisins du sud. La capitale du Haut Canada déménagea de Kingston à Ottawa, plus loin dans les terres et éloignée des frontières du New York. Elle s’y implanta en une forteresse massive à Fort Henry, seconde en importance après la Citadelle de Québec. Les deux forteresses furent reliées par une chaîne des tours Martello et par un télégraphe de sémaphore. Le Canada ne pouvait plus se faire prendre.

Les Vaincus ?

S’il y avait un vaincu, c’était le peuple indien de l’Amérique du Nord.

La culture indienne changea. Les traditions étaient disparues. Le choc de ces changements n’est maintenant compris qu’à partir d’aujourd’hui. Les Indiens passèrent en une seule génération de l’âge de pierre à la révolution industrielle.

La guerre prépara l’expansion américaine dans leurs terres.

La fusion forcée des deux compagnies de fourrures britanniques, ainsi que les luttes politiques entre leurs partenaires, fit naître la nation des Métis dans l’ouest du Canada.

Ironiquement, la courte vie de la République du Manitoba et la révolte des Métis qui s’ensuivit attirèrent particulièrement l’attention des canadiens, sans qu’ils ne s’inquiètent de l’expansion des États-Unis.

Un dernier commentaire sur la Guerre de 1812 :

Voici une dernière mention, peu connue, dans l’histoire particulière des Canadiens et des Américains.

La Compagnie des Noirs, de Runcie, fut créée pendant la guerre de 1812.

Elle était dirigée par Runcie, officier blanc qui recruta les esclaves noirs qui s’étaient évadés.

Ils pouvaient tout perdre si les États Unis étaient victorieux sur le Canada. Ils représentaient le crédit de la milice du Haut Canada. Ils se battirent avec bravoure sans penser à eux. Ils formaient une unité reconnue pour sa valeur à la bataille de Queenstown Heights.

Un des objectifs de l’occupation de Niagara était de fermer le chemin de fer clandestin qui avait aidé les esclaves à s’évader dans le territoire britannique.

Lors de cette même bataille, un officier américain appelé Winfield Scott était fait prisonnier. Scott aurait par la suite dirigé l’armée de l’Union contre la Confédération pour aider les esclaves noirs libres. C’était lui qui avait auparavant essayé de les recapturer.

(Réf.  « The War of 1812 » : J. Keigher)