Santé : Médecine et Émotions      Mesurez votre audience

Guérir
David Servan-Schreiber
 
(extraits du travail : les (nombre) indiquent la page)
  
                           
0 : Introduction

    « Après des études de médecine et de psychiatrie, David Servan-Schreiber s'est tourné vers la recherche fondamentale en neurosciences cognitives. Il est ensuite revenu à la pratique clinique tout en poursuivant ses travaux sur la neurobiologie des émotions. Après vingt ans passés en Amérique du Nord, où il  a contribué à fonder puis à diriger le Centre de médecine complémentaire de l'université de Pittsburgh, il partage aujourd'hui son temps entre les États-Unis et la France. »

Définitions de Médecine (Larousse)

Médecine des Émotions :

    Notre cerveau émotionnel est plus que le vestige de notre passé animal : maître de notre corps et de nos passions, il est la source même de notre identité et des valeurs qui donnent un sens à notre vie.
    Lorsque ce cerveau se dérègle, notre vie part en lambeaux ; lorsqu'il est en harmonie avec notre corps, nous devenons pleinement nous-mêmes...

    David Servan-Schreiber nous convie à une nouvelle médecine des émotions sans médicaments ni psychothérapies interminables.

    Il nous présente sept méthodes efficaces :

1- Régulation du rythme cardiaque pour contrôler les émotions
      (Extraits 1-);
2- Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR)
      (Extraits 2-);
3- Synchronisation des horloges biologiques
      (Extraits 3-);
4- Acupuncture
      (Extraits 4-);
5- Apport d'acides gras « oméga-3 »
      (Extraits 5-);
6- Exercice physique
      (Extraits 6-);
7- «Communication affective »
     (Extraits 7-11);
     (Extraits 7-12);
     (Extraits 7-13);
     (Extraits 7-14);
     (Extraits 7-15) .

1* Approche de la Médecine des Émotions

    Les grands principes du psychiatre David Servan-Schreiber se résument par :

    * Un cerveau émotionnel se trouve à l'intérieur du cerveau. Il a une architecture, des cellules et des propriétés différentes du reste du cerveau, siège du langage et de la pensée. On ne peut pas commander à une émotion d'augmenter ou de disparaître par le langage du néocortex.
    * Le cerveau émotionnel contrôle le bien-être psychologique du corps par le fonctionnement du coeur, de la tension artérielles, les hormones, le système digestif et immunitaire.
    * Les désordres émotionnels sont conséquence des dysfonctionnements du cerveau émotionnel. Ils ont origine dans les expériences vécues dans le passé qui sont imprimées de façon indélébile dans ce cerveau émotionnel.
    * La principale tâche du psychothérapeute est de « reprogrammer » le cerveau émotionnel, afin qu'il soit adapté au présent sans réagir à des situations du passé, en passant par le corps plutôt que par un langage peu efficace, puisque le cerveau émotionnel est peu perméable au langage et à la raison.
    * Le cerveau émotionnel possède des mécanismes naturels d'autoguérison : il s'agit de capacités innées à retrouver l'équilibre et le bien-être, comme la cicatrisation d'une plaie sur le corps.

    Les 7 méthodes de traitement que présente le Dr Davis Servan-Schreiber s'adressent directement au cerveau émotionnel.
    Elles court-circuitent presque entièrement le langage.
    Elles produisent leurs effets par le corps plutôt que par la pensée.

2* Malaise en Neurobiologie : les deux cerveaux

    Sans émotions, la vie n'a pas de sens. Qu'est-ce qui donne du sel à notre existence sinon l'amour, la beauté, la justice, la vérité, la dignité, l'honneur, et les gratifications qu'ils nous apportent ? Ces sentiments, et les émotions qui les accompagnent, sont comme des boussoles qui nous guident à chaque pas. Nous cherchons toujours à avancer vers plus de... et à nous éloigner de leurs opposés. Privés des émotions, nous perdons nos repères les plus fondamentaux et devenons incapables de choisir en fonction de ce qui nous importe véritablement.
    Certaines maladies mentales se traduisent par une telle perte de contact. (25)
    Des médicaments antipsychotiques, pris à long terme, peuvent apaiser un patient de ses hallucinations et délires. Mais ils peuvent aussi le mettre en état d'apathie émotionnelle. (résumé, 26)
    Les émotions livrées à elles-mêmes ne font pas non plus une vie de rêve. Elles doivent impérativement être modulées par l'analyse rationnelle dont est chargé le cerveau cognitif... Sans concentration, sans réflexion, sans planification, nous sommes ballottés par les aléas du plaisir et de la frustration. (27)

L'intelligence émotionnelle

    Le terme qui définit le mieux cet équilibre entre l'émotion et la raison est celui d' « intelligence émotionnelle ».
    Dans la définition du psychologue Alfred Binet (inventeur de l'idée du « quotient intellectuel »), l'intelligence c'est l'ensemble des capacités mentales qui permettent de prédire le succès d'un individu (27). Or on s'est aperçu que la relation entre le QI d'un individu et sa « réussite » en un sens assez  large (position sociale, salaire, être marié ou non, avoir des enfants ou non, etc.) est pour le moins ténue. Selon différentes études, moins de 20 % de cette réussite pourrait être attribuée au QI. D'autres facteurs, visiblement plus importants que l'intelligence abstraite et logique, sont responsables du succès à 80 %.
    Jung et Piaget, déjà, avaient proposé qu'il existe plusieurs types d'intelligence (Mozart pour la musique, Rodin pour la forme, ...).
    Des chercheurs de Yale et du New Hampshire ont mis au jour une forme d'intelligence supplémentaire : celle qui est impliquée dans la compréhension et la gestion de nos émotions. C'est cette « intelligence émotionnelle » qui semble expliquer, mieux que toute autre, le succès dans la vie. Et elle est assez largement indépendante du quotient intellectuel (28).
    Les chercheurs précédents ont défini un « quotient émotionnel » permettant de la mesurer, autour de quatre fonctions essentielles :

    1) L'aptitude à identifier son état émotionnel et celui des autres.
    2) L'aptitude à comprendre le déroulement naturel des émotions (tout comme un fou et un cavalier se déplacent selon des règles différentes sur un échiquier, la peur et la colère, par exemple, évoluent différemment dans le temps).
    3) L'aptitude à raisonner sur ses propres émotions et celles des autres.
    4) L'aptitude à gérer ses émotions et celles des autres.

    Ces quatre aptitudes sont les fondements de la maîtrise de soi et de la réussite sociale (29). Une personne peut avoir le QI très élevé et le QE déplorable. Son principal défaut paraît être de ne pas avoir conscience de ses propres émotions et, du coup, d'être « sourde » aux émotions des des autres. Quel que soit notre domaine d'activité, on est toujours appelé à interagir avec d'autres êtres humains. On ne peut y échapper. Et ce sont nos dispositions pour ce type de rapports qui déterminent notre succès à long terme (30).
    Le comportement des jeunes enfants illustre bien à quel point il peut être difficile de distinguer les états émotionnels. La plupart du temps, un enfant qui pleure ne sait pas exactement pourquoi. Il ne sait pas comment faire pour se sentir mieux.
    Chez l'adulte, une telle incapacité à distinguer clairement entre différents états émotionnels n'est pas rare. La plupart des spécialistes de la nutrition et de l'obésité sont d'accord sur ce point : la mauvaise gestion des émotions est une des principales causes de la prise de poids dans une société où le stress est omniprésent et la nourriture abondamment utilisée pour y répondre (31).

Par-delà Freud et Darwin :

    Deux grandes théories ont dominé la psychologie du XXè siècle : celle de Darwin et celle de Freud.
    Pour Darwin, l'évolution d'une espèce progresse par l'addition successive de nouvelles structures et fonctions (32). On retrouve cette évolution successive par couches dans l'anatomie et la physiologie du cerveau humain. Les structures profondes du cerveau sont identiques à celles des singes, et certaines, les plus profondes, sont même identiques à celles des reptiles. Les structures d'évolution plus récentes, comme le cortex préfrontal (derrière le font), n'existent à ce degré de développement que chez l'Homme.
    Freud, de son côté, a souligné et défini l'existence d'une partie de la vie psychique qu'il a appelée « l'inconscient » : ce qui échappe non seulement à l'attention consciente, mais, en plus, à la raison. Neurologue de formation, Freud n'a jamais pu se résoudre à l'idée que ses théories ne puissent s'expliquer en termes de structures et de fonctions du cerveau. L'absence des connaissances sur l'anatomie et la physiologie du cerveau dont nous disposons aujourd'hui l'empêchait alors de progresser dans cette voie. Sa tentative pour intégrer ces deux domaines s'est soldée par un échec (33). Alors que le monde entier commençait à découvrir ses théories et sa cure par la parole, Freud, toujours pionnier, cherchait déjà ailleurs.
    Il a fallu attendre la fin du XXè siècle pour que Antonio Damasio, grand médecin américain, fournisse une explication neurologique à la tension constante entre le cerveau primitif et le cerveau rationnel -- les passions et la raison -- dans des termes qui auraient sans doute satisfait Freud. Damasio a aussi montré en quoi les émotions sont tout simplement indispensables à la raison (34).

Les deux cerveaux : cognitif et émotionnel

    Pour Damasio, la vie psychique est le résultat d'un effort permanent de symbiose entre deux cerveau. D'un côté, un cerveau cognitif, conscient, rationnel et tourné vers le monde extérieur. De l'autre, un cerveau émotionnel, inconscient, préoccupé d'abord de survie et avant tout connecté au corps. Ces deux cerveaux sont relativement indépendants l'un de l'autre, et contribuent chacun de façon très différente à notre expérience de la vie et à notre comportement (34).
    Le cerveau ancien, tout au centre, que nous partageons avec tous les mammifères et, pour certaines parties, avec les reptiles, a été décrit par Paul Broca (XIXè siècle) qui lui a donné le nom de cerveau « limbique ».
    Autour de ce cerveau limbique, au fil de millions d'années d'évolution, s'est formée une couche beaucoup plus récente, le cerveau « nouveau » ou « néocortex ».

Le cerveau limbique contrôle les émotions et la physiologie du corps

    Le cerveau limbique est un « cerveau à l'intérieur du cerveau ». Lorsqu'on injecte à des volontaires une substance qui stimule directement la partie du cerveau profond responsable de la peur, on voit le cerveau émotionnel s'activer -- presque comme une ampoule qui s'allume --, alors que, autour de lui, le néocortex ne montre aucune activité.
    L'organisation du cerveau émotionnel est bien plus simple que celle du néocortex. La plupart des aires du cerveau limbique n'y sont pas organisées en couches régulières de neurones permettant le traitement de l'information. Les neurones y sont plutôt amalgamés et le cerveau émotionnel, plus primitif, est plus rapide et adapté à des réactions essentielles à la survie (35).
    Le tissu même du cerveau émotionnel est différent de celui du néocortex. Lorsqu'un virus comme celui de l'herpès ou de la rage attaque le cerveau, c'est seulement le cerveau profond qui est infecté, pas le néocortex. C'est pour cette raison que la première manifestation de la rage est un comportement émotionnel très anormal.
    Le cerveau limbique est un poste de commande qui reçoit continuellement des informations de différentes parties du corps et y répond de manière appropriée en contrôlant l'équilibre physiologique : l'appétit, le sommeil, la libido, la sécrétion des hormones, et même le fonctionnement du système immunitaire sont sous ses ordres.
    De ce point de vue, nos émotions ne sont que l'expérience consciente d'un large ensemble de réactions physiologiques qui surveillent et ajustent continuellement l'activité des systèmes biologiques du corps aux impératifs de l'environnement intérieur et extérieur.
    Le cerveau émotionnel est donc presque plus intime avec le corps qu'il ne l'est avec le cerveau cognitif. C'est pour cette raison qu'il est souvent plus facile d'accéder aux émotions par le corps que par la parole. Les voie d'accès corporelles au cerveau émotionnel sont plus directes et souvent plus puissantes que la pensée et le langage (37).

Le cerveau cortical contrôle la cognition, le langage et le raisonnement

    Le néocortex, c'est la surface plissée qui donne au cerveau son apparence si caractéristique. C'est aussi l'enveloppe qui entoure le cerveau émotionnel. Il est constitué de six strates distinctes de neurones, parfaitement régulières et organisées pour le traitement optimal de l'information. Il reconnaît des visages humains, dans toutes les conditions d'éclairage et d'orientation, sans difficulté en l'espace de quelques millisecondes. Dans le domaine de l'audition, ce sont ses capacités complexes de traitement du son qui lui permettent de faire la différence, avant même la naissance, entre la langue maternelle et toute autre langue étrangère.
    Chez l'homme, il représente une proportion bien plus importante du cerveau que chez tous les autres animaux.
    C'est par l'intermédiaire du cortex préfrontal que le néocortex prend en charge l'attention, la concentration, l'inhibition des impulsions et des instincts, l'ordonnancement des relations sociales et le comportement moral. Surtout, c'est lui qui établit des plans pour le futur à partir de « symboles » qui ne sont présents qu'à l'esprit, sans que l'information soit sous les yeux ou dans les mains.
    Attention, concentration, réflexion, planification, comportement moral : le néocortex -- notre cerveau cognitif -- est une composante essentielle de notre humanité (38).

Quand les deux cerveaux ne s'entendent pas

    Les deux cerveaux, émotionnel et cognitif, perçoivent l'information provenant du monde extérieur à peu près en même temps. À partir de là, ils peuvent ou bien coopérer, ou bien se disputer le contrôle de la pensée, des émotions et du comportement. C'est le résultat de cette interaction -- coopération  ou compétition -- qui détermine ce que nous ressentons, notre rapport au monde, et notre rapport aux autres.
    Les différentes formes de compétition nous rendent malheureux. À l'inverse, lorsque le cerveau émotionnel et le cerveau cognitif se complètent, l'un pour donner une direction à ce que nous voulons vivre (l'émotionnel), et l'autre pour nous faire avancer dans cette voie le plus intelligemment possible (le cognitif), nous ressentons une harmonie intérieure.

Le court-circuit émotionnel

    L'évolution connaissait ses priorités. Et l'évolution est avant tout une question de survie et de transmission de nos gènes d'une génération à la suivante. Quelle que soit la complexité du cerveau qu'elle a façonné au cours de plusieurs millions d'années, si elle nous empêchait de détecter la présence d'un ennemi ou d'un partenaire sexuel et donc de nous reproduire, notre espèce se serait éteinte.
    Heureusement, le cerveau émotionnel veille en permanence. C'est lui qui a la charge de surveiller l'environnement, en arrière-plan. Lorsqu'il détecte un danger ou une opportunité exceptionnelle du point de vue de la survie -- un partenaire possible, un territoire, un bien matériel utile --, il déclenche immédiatement une alarme qui annule en quelques millisecondes toutes les opérations du cerveau cognitif et interrompt son activité. Cela permet au cerveau dans son ensemble de se concentrer instantanément sur ce qui est essentiel à la survie (40).
    L'équipe de Patricia Goldman-Rakic, à l'université de Yale, a démontré que le cerveau émotionnel a la capacité de « débrancher » le cortex préfrontal, cette partie la plus avancée du cerveau cognitif (le mettre en « off-line »). Sous l'effet d'un stress important, le cortex préfrontal ne répond plus et perd sa capacité à guider le comportement. Du coup, ce sont les réflexes et les actions instinctives qui prennent le dessus. Dans les conditions de vie quasi animales de nos ancêtres, ce système d'alarme était essentiel, et il nous est encore prodigieusement utile dans la vie quotidienne.
    Toutefois, lorsque nos émotions sont trop à vif, cette préemption du cerveau émotionnel sur le cognitif commence à dominer notre fonctionnement mental. Nous perdons alors le contrôle du flux de nos pensées et devenons incapables d'agir en fonction de notre meilleur intérêt sur le long terme. C'est ce qui nous arrive lorsque nous nous sentons « irritables » à la suite d'une contrariété, au cours d'une dépression, ou comme conséquence d'un traumatisme émotionnel plus grave. C'est aussi cela qui explique le « tempérament trop sensible » de gens ayant subi des abus physiques, sexuels ou même simplement émotionnels.
    Dans la pratique médicale, on rencontre deux exemples courants de ce court-circuit émotionnel. Le premier est celui d'état de stress post-traumatique (ESPT) après un traumatisme grave. Le cerveau émotionnel déclenche l'alarme bien trop souvent, comme s'il était incapable de s'assurer de l'absence de tout danger. Le second est celui des attaques d'anxiété, qu'on appelle aussi en psychiatrie des attaques de panique. Le cerveau limbique prend soudainement le contrôle de toutes les fonctions du corps : le coeur bat à toute allure, l'estomac se noue, les jambes et les mains tremblent, la sueur perle de partout. Au même moment, les fonctions cognitives sont anéanties par la déferlante d'adrénaline et le cerveau cognitif restera « débranché » par l'adrénaline (42).

L'étouffement cognitif

    À l'opposé, le cerveau cognitif contrôle l'attention consciente et la capacité de tempérer les réactions émotionnelles avant qu'elles deviennent disproportionnées. Cette régulation des émotions par le cognitif nous libère de ce qui pourrait être une tyrannie des émotions et une vie entièrement pilotée par des instincts et des réflexes.
    Mais la lame du contrôle cognitif des émotions est à double tranchant : si on l'utilise trop, on peut finir par perdre le contact avec les appels au secours du cerveau émotionnel. Un cerveau qui ne laisse pas l'information émotionnelle jouer son rôle se trouve confronté à d'autres problèmes.
    Il est bien plus difficile de prendre des décisions lorsque l'on ne ressent pas de préférence « en son for intérieur ».
    La séparation entre le cerveau cognitif et le cerveau émotionnel fait que nous avons une capacité extraordinaire à ne pas percevoir les petits signaux d'alarme de notre système limbique (44).
    Mais ce n'est pas parce que l'on se rend aveugle à une détresse sous-jacente que celle-ci disparaît. Puisque le corps est le principal champ d'action du cerveau émotionnel, cette impasse se traduit par des problèmes physiques. Les symptômes en sont les classiques maladies du stress : la fatigue inexpliquée, l'hypertension artérielle, les rhumes et autres infections à répétition, les maladies cardiaques, les troubles intestinaux et les problèmes de peau (45).

Le « flux » et le sourire du Bouddha

    Pour vivre en harmonie dans la société des humains, il faut atteindre et maintenir un équilibre entre nos réactions émotionnelles immédiates -- instinctives -- et les réponses rationnelles qui préservent les liens sociaux au long cours. L'intelligence émotionnelle s'exprime au mieux lorsque les deux systèmes du cerveau, le cortical et le limbique, coopèrent à chaque instant. Dans cet état, les pensées, les décisions, les gestes, s'agencent et s'écoulent naturellement, sans que nous y prêtions une attention particulière. Nous aspirons continuellement à cet état de bien-être : l'harmonie parfaite entre le cerveau émotionnel, qui donne l'énergie et la direction, et le cerveau cognitif, qui organise l'exécution. Cette condition a été appelée état de « flux » (flow) par un grand psychologue américain (46).
    Il existe un marqueur physiologique très simple de cette harmonie cérébrale, le sourire. Un sourire faux -- par raisons d'ordre social -- ne mobilise que les muscles zygomatiques de la face qui retroussent les lèvres et découvrent les dents. Un sourire vrai, par contre, mobilise en outre les muscles qui entourent les yeux. Or ceux-ci ne peuvent pas être contractés volontairement par le cerveau cognitif. La commande doit provenir des régions limbiques. C'est pour cette raison que les yeux, eux, ne mentent jamais : c'est leur plissement qui signe l'authenticité ou non d'un sourire. Son symbole le plus universel est le sourire sur le visage du Bouddha.